Maroc : Le climat répressif contre la presse se durcit

La liberté de la presse connaît des « heures  sombres » au Maroc à la lumière des poursuites « truquées » lancées par les autorités contre des journalistes critiques comme Omar Radi et Soulaiman Raissouni, qui se trouvent en détention préventive depuis respectivement huit et dix mois, suscitant une vive inquiétude au sein de leur entourage, a révélé le journal français Le Monde.

Dans un article titré « Au Maroc, le climat répressif se durcit contre la presse », le journal français a écrit vendredi: « La liberté de la presse au Maroc connaît des heures sombres », citant le cas des deux journalistes qui s’étaient illustrés par leur plume critique, Omar Radi et Soulaiman Raissouni.
« Les procédures lancées contre les deux journalistes sont révélatrices du climat qui règne au Maroc en matière de liberté d’expression », a souligné dans ce contexte Le Monde.Ces deux journalistes, rappelle le journal, ont entamé, il y a une semaine, une grève de la faim à la prison d’Oukacha, à Casablanca, où ils se trouvent en détention préventive depuis respectivement huit et dix mois. Ils demandent que leur soient accordés la « liberté provisoire » et un « procès équitable », alors que les audiences ne cessent d’être reportées. Mercredi dernier, a poursuivi la même source, 120 journalistes marocains ont signé une pétition dans laquelle ils expriment leur « grande inquiétude »  quant au sort de MM. Radi et Raissouni et dénoncent la « violation répétée de la présomption d’innocence » et « l’impunité dont bénéficie la presse de diffamation au Maroc ».
Selon Le Monde, cette « presse de diffamation » û des publications liées aux services de sécurité û a joué un rôle-clé dans les campagnes salissant la  réputation des voix critiques au Maroc, à travers des informations relevant d’affaires de mœurs, réelles ou supposées. Signe de cette répression accrue contre la presse, un rassemblement de  soutien à MM. Radi et Raissouni et aux autres journalistes victimes de harcèlement judiciaire était prévu vendredi 16 avril, devant le siège du  Parlement, à Rabat. Mais la police l’a empêché de se tenir, des bousculades ont émaillé l’événement avant sa dispersion contrainte, a écrit également  le journal français. Par ailleurs, les amis des deux journalistes Radi et Raissouni s' »alarment » particulièrement des risques qui pèsent désormais sur leur santé. M. Radi, qui a perdu 10 kilos en prison, souffre d’asthme et de la maladie de Crohn, note la même source. Quant à M. Raissouni, qui a perdu 15 kilos et est sujet à une hypertension  chronique, il a entamé une grève de la soif s’ajoutant à son jeûne. Pour rappel, Omar Radi, 34 ans, est poursuivi pour « atteinte à la sûreté  extérieure de l’Etat », « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat », ainsi que pour « viol », « attentat à la pudeur » et « évasion fiscale ». Dans ce contexte, le journal français rappelle que Human Rights Watch,  avait indiqué fin septembre 2020, à l’occasion de la première comparution de M. Radi devant un juge d’instruction, que « les poursuites apparemment  truquées contre des journalistes critiques figurent en bonne place dans le manuel des autorités marocaines pour étouffer toute contestation ». Le journaliste avait exaspéré en haut lieu par ses enquêtes sur la corruption et les expropriations foncières pour cause d' »utilité publique », ainsi que son soutien aux militants du Hirak (mouvement de protestation), qui avait enfiévré la région du Rif en 2016 et 2017, a tenu à préciser également Le Monde.