Plateforme numérique de vente de produits agricoles et viandes : Le satisfécit des associations des consommateurs

La plateforme numérique de vente de produits agricoles et de viandes (Elfirma.dz), lancée la semaine passée par le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, est plus un «pas symbolique» qu’un véritable service, a estimé le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj-Tahar Boulenouar.

«Ce site est une bonne initiative dans la mesure où il contribue à la promotion de nos producteurs agricoles et de viandes. Mais les 500 points de vente proposés dans ce site ne sont pas suffisants pour une population de plus de 40 millions d’habitants. Et pour lutter efficacement contre la spéculation, il faudra au moins 1.000 points de vente», observe-t-il. En outre, Boulenouar a relevé que, comme les produits agricoles et les viandes des différents producteurs ne sont pas exposés sur ce site, les consommateurs n’ont aucune idée des choix disponibles et ne peuvent donc sélectionner les produits de visu et en vérifier la qualité. Cette plateforme, en effet, est plus un agenda d’adresses et de coordonnées des points de vente qu’un espace de e-commerce. «Si les consommateurs sont intéressés par ces points de vente, ils seront obligés de se déplacer. D’autant plus qu’il n’est précisé nulle part sur ce site que les consommateurs peuvent procéder à leurs commandes en ligne et se faire livrer. Mais le point positif réside dans les prix qui sont plus bas qu’au marché, du fait de l’absence d’intermédiaires entre les consommateurs et les producteurs», dit-il, estimant qu’il sera difficile d’augmenter le nombre des points de vente dans cette plateforme. Et pour cause, 90% des agriculteurs et des éleveurs sont, selon lui, illettrés et à des années lumière de la numérisation. «L’élevage et l’agriculture sont des activités qui exigent de l’énergie et du temps. Un agriculteur n’est pas un commerçant. Le commerce est un métier à part entière. Les petits agriculteurs ont besoin d’intermédiaires pour commercialiser leurs produits, c’est inévitable. Ils ne peuvent pas produire et commercialiser en même temps leurs produits. C’est pour cette raison que le ministère du Commerce est appelé à accompagner cette initiative», soutient-il.
Le président de l’association El-Aman pour la protection des consommateurs, Hacène Menaouar, qualifie cette plateforme d’une simple «géolocalisation» des points de vente inscrits. «Certes, c’est une initiative appréciable qui donne des indications aux consommateurs sur les endroits où ils peuvent trouver des vendeurs directs mais cela reste insuffisant par rapport à ce qu’on attend des pouvoirs publics. On ne peut pas dire que c’est un exploit même si nous notons un intérêt des pouvoirs publics pour la tendance numérique et pour la commercialisation sans intermédiaires de produits bio», souligne-t-il, assurant que le plus urgent actuellement est l’élaboration d’une carte agricole selon les régions. C’est cette carte qui permettra, selon lui, de réguler réellement le marché ainsi que les zones industrielles de transformation rattachées à l’agriculture et aux plateformes de distribution régionale et de marchés de proximité. «Ce sont là les attentes des consommateurs car tout cela va permettre une stabilité dans les prix tout en garantissant la qualité et la sécurité sanitaire», conclut-il.
Farida Belkhiri