Savoir, c’est pouvoir

On sait tous la place que tient la religion dans les sociétés musulmanes. Le mois de ramadan vient chaque année mettre en évidence ce trait de caractère, qui se renforce à travers les pratiques rituelles, la bonne tenue morale et l’expression de comportements citoyens, à travers notamment les multiples gestes de générosité et de solidarité. Si la foi est centrale dans toutes les religions, l’Islam se distingue toutefois en élevant à un haut degré de sacralité la science et les savants, ce qui a d’ailleurs valu à la civilisation musulmane de rayonner sur l’humanité des siècles durant. Un âge d’or qui n’inspira malheureusement que nostalgie à tant de générations. Une vision passéiste, sans effet positif sur le réel des musulmans, ni ouverture sur leur avenir. C’est un constat qui vient s’imposer à l’esprit alors que l’Algérie vient tout juste de célébrer la Journée nationale du Savoir. Cinq décennies d’efforts n’ont pas permis au pays d’asseoir un développement durable, pour s’être fourvoyé dans une conception bancale qui lui faisait croire qu’il était possible de s’épargner un effort propre et prendre un raccourci vers le progrès à travers l’acquisition des derniers gadgets sur le marché. Pour son salut, la soif du peuple algérien pour le savoir, pour en avoir été privé pendant 132 ans de colonisation, est restée inextinguible. Cette revendication permanente a enfanté une société aujourd’hui suffisamment éduquée pour envisager un saut qualitatif. La crise de la covid-19 a servi de révélateur à cette force, jusque là dormante, qui a démontré à cette occasion qu’un autre chemin vers le progrès existe, certes plus ardu mais dont les fruits sont certainement plus pérennes. Ceux qui ont connu les années 80 se rappellent qu’il était quasiment impossible pour le citoyen de posséder un ordinateur, interdit d’importation. Et le pays rata la révolution informatique, alors qu’il était bien placé pour réussir honorablement dans cette filière grâce à sa ressource humaine. Aujourd’hui, des restrictions frappent l’usage et la fabrication de drones, alors qu’ailleurs elle est déjà une industrie en plein essor. Comment ne pas évoquer ces jeunes universitaires qui ont mis au point une fusée, baptisée Orion, mais qui n’est pas autorisée à décoller. Pourquoi enseigner l’aéronautique s’il est interdit de pratiquer sa discipline ? Orion n’est qu’un simple projet universitaire, encore bien loin de vouloir atterrir sur Mars ou décrocher la timbale, quand chez d’autres nations la course à l’espace n’est presque plus une affaire d’État, mais un business qui enregistre déjà ses premières success stories. L’Algérie ne fait que commencer, cette fois avec détermination, à s’engager dans cette voie, à investir dans cette économie de la connaissance qui détermine la sélection entre nations qui brillent et gagnent et celles qui restent en rade et, pis, seront les jouets de toutes leurs lubies. Le monde d’aujourd’hui est déjà une leçon quotidienne, et un regard à notre environnement immédiat suffit à la démonstration : nos territoires sont la convoitise de toutes les puissances et la souffrance est souvent la campagne inséparable de leurs populations. La science est un immense pouvoir, c’est aussi un acte de foi de s’en emparer à son avantage.
O.M.