Sétif : Marché des 1.014-Logements, senteurs ramadhanesques

Considéré parmi les plus anciens, le marché des 1.014 Logements a l’avantage d’être situé dans un milieu urbain très important au milieu d’une multitude de bâtiments très peuplés.

C’est un espace de proximité par excellence fréquenté à longueur de journées. Mais l’ambiance qui règne en ce mois de Ramadhan n’a pas d’égale. Elle est spéciale avec un cachet tout particulier de consommation propre à ce mois. Il se caractérise aussi par les prix affichés passant du simple au double pour certains produits les plus demandés. Tout le rez-de-chaussée de ce marché est réservé aux fruits et légumes et aux boucheries de viande blanche et rouge. Occasionnellement, les vendeurs de brik installés dans les allées bloquent en quelque sorte le mouvement des personnes dans des allées rendues trop exiguës par des commerçants grignotant les espaces des clients obligés de faire du coude à coude pour se mouvoir. A partir de midi, ça grouille de monde sans aucune précaution des mesures sanitaires où les gestes barrières ne sont pas respectés. Abordé à la sortie du marché, cheikh Amor, l’un des habitués des lieux depuis la création de ce marché, chargés de lourds sachets fait un constat amer des lieux.
«Chaque année, nous assistons à des mascarades au niveau des prix. Je trouve ce Ramadhan le plus cher de tous les temps. On se rabat vers ce marché vu notre âge, mais les prix ont augmenté d’une façon excessive durant ces premiers jours, à ne rien comprendre». Effectivement, un tour devant les étalages des fruits et légumes donne une idée de la température des prix où la mercuriale a été revue à la hausse. La tomate cédée à 140 DA, le poivron 180 DA, les aubergines 120 DA, la pomme de terre 80 DA, les haricots verts 320 DA. Côté fruits, la banane 280 DA, les fraises 370 DA, les oranges 240 DA. Même son de cloche chez les bouchers pour la viande de veau cédée à 1400 DA, l’agneau 1600 DA, le poulet 350 DA. Dès que la question est posée sur le pourquoi de cette attitude en ce mois de piété et de solidarité, les détaillants rejettent la balle sur les grossistes généralement du marché de gros Magro ou de chelghoumLaïd, dans la wilaya de Mila, où certains s’approvisionnent pour la qualité du produit malgré son prix cher. Pour eux, il faut attendre encore quelques jours pour voir les prix baisser. Ils donnent l’exemple des  dattes très prisées durant ce mois pour la rupture du jeûne. Elles sont cédées à 700 DA, une fois l’euphorie des premiers jours passée, elles ne coûteront que 500 DA. Le jeune Riad tente d’expliquer en confiant : «Nous ne prenons qu’une très faible marge. Les gens pensent que nous sommes en train de nous enrichir sur le dos des pauvres démunis. Il faut voir du côté des grossistes». Cher ou pas cher, les senteurs spéciales et propres à ce mois attitrent les fins gourmets qui achètent à n’importe quel prix. Le marché où se côtoient le formel et l’informel est aussi un lieu de rencontres. Certaines femmes se donnent rendez-vous où tout en faisant leurs emplettes discutent du ftour de la veille et du menu du jour. Après les provisions de la cuisine, il faut passer chez le marchand de pâtisseries orientales, notamment de Zlaya et QalbElouz, et c’est la cohue. Ce n’est qu’à l’approche de l’appel du muezzin que le marché se vide, laissant les commerçants s’affairer pour le nettoyage et se préparer pour le lendemain.
Azzedine Tiouri