Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Anca : «La solidarité citoyenne est impressionnante durant ce mois sacré»

 Dans cet entretien, Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca) évoque les particularités du Ramadhan en plein Covid-19.

Jeûner en temps de la Covid-19, est-ce vraiment un Ramadhan comme les autres?
Nous vivons une instabilité qui a imposé un changement dans certaines de nos habitudes ramadanesques et a en conséquence impacté notre vie familiale. En tant que président de l’Anca, je reste connecté avec ce qui se passe à l’extérieur. En fait, je reste aux aguets, depuis le début de la crise sanitaire. Les interpellations des commerçants nous parviennent parfois même à quelques minutes du F’tour. Nous sommes toujours en période difficile, une majorité des commerçants souffrent de dettes, de locations impayées. Une situation exceptionnelle à laquelle nous sommes contraints de s’adapter.
Qu’est-ce qui a changé pour vous ?
Beaucoup de choses, mais ce que je regrette, ce sont les retrouvailles familiales, lesquelles me manquent terriblement. C’est le mois où on est censés être le plus ensemble. Et pour combler le vide, nous sommes devenus accros aux appareils électroniques. Par ailleurs, nous sommes plus pointilleux en ce qui concerne le contenu de nos assiettes. Nous  essayons de manger équilibré et de miser sur les aliments qui renforcent l’immunité.
Qu’est-ce que vous appréciez et qu’est-ce qui vous importune durant ce mois?
Parmi les avantages de cette pandémie, je dirai que j’apprécie en premier lieu l’élan de  solidarité qui s’est formé depuis le début de la crise. Bien qu’elle ait frappé de plein fouet tout le monde sans exception, les Algériens continuent majoritairement à afficher leur envie de faire preuve de davantage de solidarité. Idem pour les commerçants, qui sont à pied d’œuvre aux fins de contribuer dans les actions caritatives destinés aux familles nécessiteuses. La solidarité citoyenne est impressionnante durant ce mois sacré, puisqu’elle a sauvé plusieurs commerces. Face au virus, il y a un besoin d’agir collectivement pour s’entraider.
En second lieu, l’adaptation des commerçants à la nouvelle situation, en se mettant au diapason des développements technologiques et les nouvelles tendances économiques.
En troisième lieu, la prise de conscience, quia augmenté. La pandémie de la Covid-19 a poussé les consommateurs  à être plus consciencieux de leur santé. Désormais les habitudes alimentaires saines sont favorisées. Les Algériens ont pris conscience du lien qui existe entre leur alimentation, leur santé et leur bien-être. Une majorité  cherche ainsi à travers l’alimentation à réduire le risque de maladies ou à améliorer ses performances physiques. Les campagnes de santé publique menées depuis le début de la crise sanitaire ont instillé la nécessité de normes alimentaires et d’un minimum d’activité physique pour limiter le risque de développement de certaines maladies.
Ce qui me manque, par contre, ce sont les soirées culturelles et les sorties nocturnes et comme je l’ai précisé les retrouvailles familiales.
Nous vivons une conjoncture exceptionnelle, les commerçants peinent à se relever, alors que certaines activités ne sont pas encore relancées…
La plupart des commerçants ont dû vendre leur matériel et leurs équipements pour amortir les pertes et maintenir en vie leur activité. Il faudra compter au moins une année, après la fin de la crise, pour que les choses reprennent leurs cours normal. Par ailleurs, certaines activités sont toujours fermées, jusqu’au jour d’aujourd’hui, à l’instar des salles des fêtes et des salles de sport. Cela risque de compromettre la prochaine saison, étant donné que les préparatifs nécessitent plus d’un mois. C’est pour cela que nous avons appelé le ministère de la Santé à donner le feu vert pour relancer l’activité, d’autant plus que le marché parallèle a pris le dessus et risque d’être une source de recrudescence des cas, étant donné que le protocole sanitaire n’est pas rigoureusement respecté.
Entretien réalisé par Samira Azzegag