Souk Bab D’zair de Blida : Une saveur perdue

Situé au cœur de Blida, le souk de Bab D’zair appelé aussi placette «Laarab» ne désemplit jamais. La disponibilité de fruits et légumes frais et de produits du terroir attire des centaines de chalands.

La particularité du souk est de n’être ni structuré ou situé dans un enclos réservé mais il se tient dans les ruelles étroites et entre de  vieilles maisons datant de l’ère coloniale dont quelques unes  tombant en ruine sont transformés en dépôt de stocks de marchandises. Des vendeurs ambulants de poissons «harcèlent» le client au milieu de cris assourdissants. L’absence des services de sécurité et d’hygiène, encourage les commerçants à commettre des actes qui dépassent l’entendement. Ces derniers se disputent le moindre espace. Ce souk est également le point d’atterrissage des montagnards de Chréa qui viennent écouler légumes et fruits fraîchement récoltés et des plantes sauvages. Pour le vieux Youcef Auragui né Blida l’endroit a changé de fond en comble à cause, selon lui, de l’exode rural qui a  provoqué de l’anarchie et l’incivisme. «Les anciens commerçants ont disparu. Je me souviens de l’artiste Dahmane Benachour qui avait commencé comme coiffeur. Devant lui, trônaient les Benguergoura, vieux commerçants du temps de  la France coloniale», raconte-t-il. Il se souvient du temps où les lieux étaient désignés comme «le marché des indigènes où chaque commerçant devait  s’acquitter d’un droit de passage et de trottoir. «Aucun commerçant n’étalait sa marchandise sur le trottoir. C’était interdit. Un agent  communal passait régulièrement dans la journée pour surveiller et sanctionner», ajoute-t-il  avec un brin d’amertume. «Lorsque je vois  ce qu’est devenu le marché, les ruelles et les bâtisses, j’éprouve un sentiment de tristesse et d’impuissance», se désole-t-il. A l’en croire, le marché était un lieu de rencontre des Blidéens car on y trouvait des cafetiers, des coiffeurs, des tapissiers, des forgerons et autres artisans. Ce qui le révolte c’est l’état du patrimoine immobilier. «Des bâtisses tombent en ruine mais ni les  propriétaires ni l’APC ne lèvent le petit doigt pour préserver ce lieu de mémoire. «On n’a pas cette culture. Ce quartier pouvait être rénové pour abriter des espaces de commerce réglementés mais aussi un lieu touristique si on aménage ses belles bâtisses», poursuit-il. En attendant, clients et curieux se marchent sur les pieds  dans un chemin de moins d’un mètre de largeur. Les amas de déchets s’entassent  dans des coins des rues attendant le passage des camions d’hygiène et desagents nettoyeurs. Or, ces derniers ne peuvent, devant l’exigüité des ruelles, accéder au marché qu’une fois   les commerçants ont quitté les lieux. A Blida, peu de communes ont préservé les marchés couverts hérités du temps de la colonisation ni n’ont construit de meilleurs. La vente de fruits et de légumes s’effectue dans des surfaces à ciel ouvert et dans l’insalubrité totale.
M. Benkeddada