Les raisons de la flambée des prix des produits alimentaires

 

Le Ramadhan rime avec hausse des prix, mais il semble que cette année, c’est parti pour battre tous les records.

Dans les supermarchés, les prix des produits alimentaires ont exagérément augmenté. Les fruits et les légumes ont connu une hausse fulgurante. La pomme de terre est passée de 40 DA à presque 100 DA en quelques jours seulement. La courgette a atteint les 150 DA, les petits pois à 180 DA, la tomate est cédée à 180 DA au grand dam des ménages qui peinent à s’approvisionner sur les marchés. Le prix de la  banane est passé de 180 à 320DA, la fraise a atteint les 280 DA contre 180 DA la veille du Ramadhan. Des hausses qui surprennent les consommateurs. «De ma vie, je n’a jamais rien vu de pareil», a déclaré un citoyen d’un certain âge à une chaîne de télévision. Les viandes ne sont pas en reste : le poulet est vendu entre 400 et 450 DA alors que la viande rouge frôle les 2.000 DA, inaccessible pour la majorité des familles. Avant le Ramadhan, le ministère du Commerce avait annoncé que les prix seront abordables et que le contrôle sera mené avec rigueur. Le poulet ne devait pas dépasser les 250 DA, selon le responsable. Et idem pour les viandes rouges. De son côté, le directeur de l’Office national interprofessionnel des légumes et des viandes (Onilev), Mohamed Kharroubi, avait affirmé que les prix de la pomme de terre connaîtront une baisse juste avant le mois de Ramadhan, à la faveur de la poursuite des opérations de déstockage et de l’entame des nouvelles récoltes. Que s’est-il donc passé depuis?

Pour le secrétaire national chargé des finances à l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), Abdelkader Boucherit, la responsabilité revient au ministère du Commerce, qui «faute de données réelles sur les produits alimentaires, n’arrive pas à maîtriser le marché». Et de mettre en avant l’absence de politique commerciale : «La maîtrise du marché ne peut se faire avec des slogans mais à travers une feuille de route consensuelle tracée en concertation avec tous les acteurs  commerciaux, et ce, avant même le début du mois sacré.» Et de rappeler que les traditionnelles réunions de wilaya regroupant commerçants, mandataires et représentants de la  Direction du commerce pour mettre en œuvre une politique d’approvisionnent n’ont pas été tenues cette année. «La tutelle veut réguler le marché à travers les foires et salons commerciaux», se désole-t-il, affirmant que des  associations qui n’ont rien avoir avec le commerce  ont fourni de fausses données et des informations erronées au ministère du Commerce concernant le marché et son approvisionnent durant cette période. «La tutelle s’est appuyée pour réguler le marché sur des organisations commerciales exerçant dans l’informel et qui encouragent l’organisation des foires clandestines», a-t-il soutenu. Le responsable a estimé qu’il est plus que jamais temps de mettre en place une véritable politique commerciale, une réelle stratégie de distribution, de maîtrise de la production et assurer la  traçabilité des produits, notamment les fruits et légumes. «La politique du ministère du Commerce est dépassée.  Elle a montré ses limites en matière de gestion», a-t-il insisté.

Non-maîtrise du circuit de distribution…

Pour Abdelatif Kerzabi, professeur en sciences économiques à l’Université de Tlemcen, cette situation est le résultat de la défaillance flagrante dans la distribution. «Tout simplement, il y a non-maîtrise du circuit de distribution qui permet de retracer le chemin emprunté par un produit, du fabricant jusqu’au consommateur. Divers intermédiaires ont pu intervenir avant que le produit n’atterrisse dans les mains du consommateur final. Il y a aussi des opérateurs  qui stockent des produits, dont la pomme de terre, comme bon leur semble», a-t-il souligné. Selon lui, c’est à l’Etat de maîtriser le circuit et fixer les marges de la vente. «Le ministère du  Commerce est le premier responsable de cette situation anormale. La compétence est très importante dans la gestion économique. Nous avons une société qui vit sur le transfert des valeurs et non sur la production. Quand revend au double ou triple, cela s’appelle un transfert qui n’a aucune contrepartie productive», a-t-il indiqué. Abderrahmane Mebtoul, professeur des universités, économiste, expert international, a, lui aussi, mis en avant l’absence d’une vision globale en matière de régulation. Toutefois, selon lui, la responsabilité n’incombe pas au seul ministère du Commerce. «La baisse de la valeur de la monnaie nationale, prérogative absolue du ministère des Finances, engendre automatiquement un processus inflationniste», explique-t-il, notant que le ministère du Commerce n’a pas mis les mécanismes adéquats  pour réguler le marché.  De ce fait, Mebtoul a préconisé l’instauration d’un grand ministère de l’économie pour éviter les contradictions entre les différents départements ministériels et réguler le marché. In fine, pour atténuer la hausse des prix, les pouvoirs publics comptent sur le déstockage, notamment pour ce qui est de la pomme de terre. Mohamed Kharroubi a précisé que ces opérations permettront de vendre la pomme de terre directement au citoyen entre 40 et 50 DA/kg. Il en est en ainsi le cas de la question de l’importation des viandes rouges congelées afin de mettre un terme à la flambée des prix coïncidant avec le début du Ramadhan.

Amokrane H.