Institution d’un baccalauréat des arts : La culture au service du savoir

Les ateliers de chant, de théâtre, de danse, de dessin sont un espace d’expression et de créativité pour les enfants. Le rôle justement de l’école est de «permettre aux élèves de développer leurs talents et potentiels».

La psychologue clinicienne, le Dr Radia Mansouri, estime que l’enseignement des arts, tous genres confondus, contribuera assurément au développement de la créativité et l’imaginaire de l’enfant. «Chaque enfant naît avec le même potentiel de développement et la capacité d’apprendre. Dès sa naissance, l’enfant met à l’épreuve ses structures mentales, ses fonctions perceptives et motrices, ses facultés langagières dans son milieu, par ses interactions avec les autres, principalement sa famille et l’école. Ses diverses expériences façonnent son développement et font en sorte que chacune se développe d’une manière et à des rythmes différents dans chacun des domaines de sa personnalité. Les enfants entrent donc à l’école avec des expériences variées d’interaction sociale», explique la spécialiste. L’école, dit-elle, «doit offrir à l’enfant les moyens de s’affirmer en exprimant son choix pour telle ou telle matière en évoluant d’un niveau à l’autre». En outre, la clinicienne insiste sur l’équilibre entre les enseignements et l’épanouissement de l’enfant. «Les classes qui seront dédiées à l’expression artistique seront une sorte d’aération mentale pour l’enfant. Un moment de répit pour laisser libre cours à sa créativité. Mais il y a un point important à prendre en compte, celui de lui laisser le libre choix dans la pratique d’une discipline. Si on lui impose des apprentissages artistiques qu’il n’aime pas, ce sera un échec», fait savoir Mme Mansouri. Dans ce sillage, le chef de département à l’Ecole supérieure des beaux-arts, Djaoudat Gassouma, affirme que «l’école est sans doute une pépinière de talents». «L’élève qui est doué pour une discipline artistique dès les premières années de sa scolarité, et qui s’inscrit plus tard dans un baccalauréat des arts, arrivera aux écoles des beaux-arts avec une expérience et un bagage. Ce sera pour lui une continuité et une évolution dans ses études. Une valeur ajoutée sûre pour la scène artistique et culturelle», soutient-il. Dans ce sens, Gassouma met l’accent sur la nouvelle dynamique insufflée au monde des arts qui est un vecteur de la vie économique et sociale. «La décision d’instituer un baccalauréat des arts est une sorte de reconnaissance aux professionnels en la matière. Une vision nouvelle doit être mise en œuvre en encourageant la création artistique, qui produira de la richesse et des postes d’emploi. Par exemple, les arts dramatiques en Turquie sont financés par l’Etat et les entreprises privées. Les feuilletons turcs ont conquis le monde et font connaître la culture du pays et attirent les touristes. Dans le contenu, c’est juste de l’audiovisuel mais les enjeux sont énormes», fait observer l’enseignant. Selon lui, les étudiants des beaux-arts auront à la fin de leur cursus des débouchés dans l’éducation nationale.
Par contre, le secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie, Zoubir Rouina, exprime sa déception quant aux décisions en rapport avec l’éducation nationale lors du Conseil des ministres de dimanche dernier. «Je pense qu’il aurait fallu procéder par priorité. Notre souci à nous qui sommes sur le terrain et en contact permanent avec les élèves et leurs parents est en premier lieu l’amélioration des conditions de scolarité. Instaurer un baccalauréat des arts serait merveilleux pour encourager les enfants qui ont une âme artistique», déplore-t-il. A ce titre, le syndicaliste a rappelé qu’une réunion bilatérale a été tenue avec le ministère où son organisation avait proposé la réhabilitation du baccalauréat technique. «Notre objectif est de réduire  la déperdition scolaire et permettre aux élèves de choisir une branche technique et faire des formations professionnelles», a-t-il ajouté.
Karima Dehiles