La vie en rose

Si la patate se rit de nos frites éberluées par son prix actuel, tous les fruits et légumes se marrent de la bonne blague du président de l’Apoce, l’association qui s’est donné l’ingrate mission de défendre le consommateur, sa santé et son pouvoir d’achat. Comme Météo Algérie qui annonce fatalement le beau temps après la pluie, il augure une baisse des prix dans les prochains jours. Pour nous sortir cette prédiction, il n’a eu ni besoin d’être doté du don de double vue ni de faire usage d’un réseau neurones artificiels ! La même a été faite aux Algériens les Ramadhans précédents et elle s’était effectivement réalisée ! Pourquoi cela ne marcherait-il pas une fois de plus et tous les Ramadhans futurs ? Sauf qu’au moment de la baisse des prix, le citoyen consommateur était déjà sur la paille et qu’il n’y avait plus grand-chose à lui soutirer. Les sempiternelles explications sur le pourquoi de cette mercuriale d’enfer ne sont pas plus utiles. Elles n’ont jamais rempli aucun couffin et les Algériens, depuis qu’ils subissent, ont largement eu le temps de connaître tous les tenants et aboutissants de la question. Ce n’est pas pour charger le président de l’Apoce, le Dr Mustapha Zebdi, dont l’engagement est d’autant plus louable que sa mission relève presque de l’impossible, mais il fait chou blanc également en suggérant aux consommateurs d’user de l’ arme du boycott. Quand tous les prix flambent, c’est un appel à une grève de la faim insurrectionnelle ! La solidarité, dans ce cas, est ardue à réaliser. Contrairement aux pauvres, les riches sont plus soudés et éprouvent moins de difficultés à s’unir, comme l’illustre la coalition des douze clubs les plus riches d’Europe qui viennent de lancer, contre vents et marées, la Super League d’Europe, une compétition réservée uniquement aux plus huppés du continent, entraînant dans leur sillage de puissants groupes médiatiques et bancaires qui ont senti la belle affaire. Mais il y a encore quelques raisons de voir la vie en rose ! Présentement, cela n’est possible qu’à condition d’aller vivre à Blida, «la ville des Roses» pour rappel, et il y a une restriction : c’est réservé uniquement aux femmes ! Pour entamer le voyage vers ce futur lumineux, Les Blidéennes n’auront besoin que de héler un taxi spécial, de couleur rose bonbon et conduit par une femme. C’est le nouveau service qui leur est proposé par une start up maligne qui veut surfer sur le fort sentiment conservateur de la société locale. Les hommes ricanent en effet, car ils savent qu’elles ne débarqueront que dans leurs cuisines où les attendent la corvée de vaisselle et des frigos rachitiques. Ah, ces hommes ! Pourtant, bientôt eux aussi pourront rouler en carrosse… électrique. Fini les pénuries de carburant. Et si la fiancée mécanique est gloutonne en énergie, ils pourront recharger la batterie à l’œil en piratant le réseau Sonelgaz. C’est une compensation équitable à leur contribution dans la réduction de la pollution et à la lutte contre le réchauffement climatique. En attendant qu’une start up, couvant dans quelque incubateur sponsorisé par l’Apoce, nous découvre une solution innovante qui provoquerait une période glaciaire, localisée au niveau des marchés, pour geler les prix des denrées alimentaires.
O.M.