Naïma Ababsa, fille d’Algérie

Elle avait de qui tenir. Qui a connu ou approché son père, dans le quartier de Bologhine où vivait la famille, sait qu’il aimait se faire appeler cheikh pour son immense amour de la poésie du terroir. Il avait la nostalgie du triangle Barika, Sidi Khaled, Biskra, territoire du Aya yay et espace de liberté que procurent les vastes étendues. Il est difficile de ne pas essayer de ressembler à un homme qui n’avait rien du père grincheux et difficile. Naïma, la plus petite  de ses filles comme les garçons, Salah et Nadjib est née puis fut élevée au milieu d’instruments et dans une maison où les artistes passaient. L’auteur de «Hizia» fut, juste après l’indépendance, un organisateur de spectacles et de tournées à travers le pays. Il connaissait tout le monde. Naïma, comme sa sœur Fella, était une artiste dans le sang. Elle commença à jouer de l’orgue très tôt et accompagnait sa mère qui animait des fêtes, dans le Tout Alger. Elle était aussi chef d’orchestre, la dame qui était la sœur de Leila El djazairia et nièce du grand chanteur Hadj Menouar. C’est cette proximité familiale et professionnelle avec les artistes  qui fit naître l’amour de l’art algérien chez Naïma.  Elle reprit des airs et paroles de grands noms comme El Anka, Wahbi, El Ghaffour, El Harrachi dans «Chioukh bladna» une de ses chansons les plus connues. Elle n’a jamais cédé à la tentation de l’oriental qu’elle connaissait pourtant bien. Elle n’a jamais vécu en Orient mais se sentait  mieux à  Paris où se déployaient les couleurs de la chanson algérienne.  Elle eut toujours un faible pour le  répertoire ancré dans la tradition, perpétuant dans les fêtes, moments de partage et de délivrance sa capacité à passer sans difficulté d’un genre à l’autre. Si elle excellait dans la reprise des chansons de Fadila Dziria et de tout ce qui célébrait les rites et splendeurs d’Alger, elle n’est pas restée prisonnière de ce style. Inclination ou héritage, elle avait une passion pour la poésie et les rythmes de l’est algérien entonnant « Ah ya Chaoui», «Djani el marsoul» et produisit une nouvelle version de «Hizia», l’éternelle histoire d’amour née au pays des origines. Dans le genre, l’artiste, qui a entamé sa carrière artistique en 1991 rendit un bel hommage dans «li yabghi Yaksi Martou» aux tenues variées et bariolées des Algériennes. Ses chants furent empreints de joie et s’offraient comme un bouquet composé des différentes sonorités du pays. La  vie  de l’interprète au grand cœur fut marquée par des tourments et la maladie qui n’ont jamais eu raison de son optimisme. Elle est partie et laisse derrière elle de nombreux chants mais aussi de nombreuses  archives à la radio et à la télévision où elle chante et  se raconte.
H. Rachid