Littérature d’expression amazighe : Aux origines d’une dynamique

Lors d’une conférence animée au récent salon du livre d’Ath Yenni, Mohand Akli Salhi enseignant-chercheur à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou a évoqué le rôle de l’écrivain et anthropologue dans la naissance de la littérature amazighe et l’établissement des règles de sa codification.

«Mammeri a écrit en français mais son apport à la naissance de la littérature amazighe moderne est considérable. Sa contribution ne se limite pas uniquement à des recherches sur la littérature orale ancienne. Il est à l’origine des mots désignant chaque genre littéraire comme  «ungal» (Roman), «Tulizt» (nouvelle), «Amezgun» (théâtre) avant même qu’ils n’apparaissent», a rappelé  le conférencier. C’est en 1981 que le premier roman    tamazight «Asfel» de Rachid Aliche a vu le jour préfacé par Mammeri lui-même.Selon lui, la littérature en tamazight remonte aux années 1940, mais sans la  structuration établie par Mammeri. «Le plus ancien écrit qu’on puisse considérer  comme roman est celui de Belaid At Ali intitulé Louali Bouadhrar  (le saint de la montagne)», précise Salhi. Pour lui, «la particularité de ce roman est qu’il n’obéit pas à la structure établie par l’oralité et par la tradition». Belaid At Ali, s’inspira des structures de la littérature classique française pour écrire en tamazight. C’est le premier à introduire le «Je» car explique Salhi, la littérature populaire est bâtie sur la communauté qui ménage peu de place à l’individu. At Ali donne la voix à l’individu qui exprime ses propres sentiments. Il évoque aussi Yamina Ait Said, qui a écrit des histoires qui mettent en scène des animaux, mais sans garder les caractéristiques et missions  que le conte populaire leur  assigne.  Elle a donné à ses personnages une dimension psychologique et humaine qui diffère de ce qui était habituel. A en croire  Salhi, le lexique forgé par Mammeri a donné aux auteurs d’expression amazighe le moyen d’écrire dans leur propre langue et puiser de leur culture et  tradition orales, des textes qu’ils transcrivent et interprètent à leur manière. «Cependant, explique-t-il, Mammeri n’avait pas opposé l’oralité à l’écrit, mais établit les fondements de la littérature écrite tout en préservant les caractéristiques de celle qui est à caractère  orale». Maintenant, relève Salhi, il y a une bonne dynamique d’écriture romanesque en kabyle, en rifain ou chleuh. Pour lui, «on peut à présent parler d’histoire du roman amazigh et le catégoriser mais on ne peut pas parler de nouveau roman au sens européen du terme». «L’histoire littéraire doit se définir intrinsèquement par rapport à une langue et un espace»,  conclut-il.
Hakim Metref