Législatives 2021 : Les listes indépendantes ont le vent en poupe

Les élections législatives semblent intéresser les acteurs de la scène politique et de la société civile. Un engouement est constaté par l’autorité nationale indépendante des élections (Anie) au vu du nombre important des listes présentées. Selon son président,  Mohamed Charfi, plus de 7 millions de formulaires pour la collecte des signatures ont été retirés auprès des différents démembrements de l’Autorité.

Interrogé sur la mobilisation des candidats libres et leur conquête prochaine de l’Assemblée populaire, l’enseignant à la faculté des sciences politiques et des relations internationales Alger 2, Ali Rebidji, attribue cela à plusieurs facteurs, dont le nouveau code électoral. «Les dispositions du nouveau code électoral offrent des facilitations aux jeunes candidats indépendants, notamment le financement par l’Etat de leur campagne électorale. En outre, il y a le refus exprimé par le hirak de certaines figures qui ont soutenu le 5e mandat de Bouteflika. A cela s’ajoutent les affaires de corruption auxquelles étaient mêlés des députés. Les citoyens ont découvert des scandales dans lesquels sont impliqués notamment les partis de la majorité. Autrement dit, leur réputation a pris un grand coup», a-t-il  expliqué. Et d’ajouter : «Les leaders de ces formations n’ont pas apporté de solution ou
d’alternative suite à la démission de Bouteflika. Ils ont poursuivi leurs discours plats sans envergure au lieu d’un nouveau contenu pour susciter un début de changement. Les partis n’ont même pas eu la présence d’esprit de changer les figures médiatiques qui se montraient sur les plateaux TV et  faisaient l’apologie du 5e mandat. Tous ces facteurs ont fait que les partis politiques sont toujours dans l’inertie.» De son côté, le politologue Mohamed Taibia insisté sur la pratique politique en Algérie. «Depuis des années, les partis n’œuvrent pas dans l’objectif d’élargir leur base militante. Leurs actions sont juste à l’adresse du pouvoir pour négocier leur quota dans les assemblées élues ou des sièges au gouvernement. La pratique en Algérie est aberrante et le peuple l’a bien constaté. Leur crédibilité est vraiment mise à mal», observe-t-il, s’interrogeant sur l’existence actuellement d’un leader politique respecté et soutenu par une large proportion de la population. «La scène politique a été désertifiée et soumise à la corruption et l’argent sale», a-t-il insisté. S’agissant de la mobilisation autour de cette échéance,  Rebidji a estimé que le taux de participation sera entre 30 et 35%. «Les candidatures indépendantes seront sûrement soutenus par leur entourage. L’aspect tribal ou familial dans certaines régions du pays est toujours primordial. Par exemple, de grandes familles ou des notables seront derrière leurs candidats pour une représentation effective à l’APN. L’expérience vécue avec les députés issus des partis n’a pas vraiment apporté les résultats escomptés, d’autant que ces élus n’ont défendu ni les intérêts de la population locale ni poussé à l’amélioration de leur cadre de vie», a relevé Rebidji. De ce fait, le politologue Taibi juge toute prévision concernant la composante prochaine de la future APN difficile. «Certains partis se voient pousser des ailes en espérant avoir des sièges à l’Assemblée voire une bonne assise. Toutefois, les candidatures indépendantes sont offensives et ne vont pas lâcher du lest», a-t-il conclu.

Karima Dehiles