Perfectionniste en sus !

Parler de travail alors que le ramadhan bat son plein aurait certainement sur l’auditoire le même effet qu’un puissant répulsif sur une nuée de moustiques. Paradoxalement, toutes les cultures du monde, y compris la nôtre, placent le travail au plus haut degré de l’échelle des valeurs. Chacun sait, aujourd’hui plus qu’auparavant, qu’il n’y a de richesse durable que par le travail. Toutes les nations qui ont fait fi de cette évidente vérité ont payé un lourd tribut à cette fatale erreur. L’exemple criant et le plus souvent évoqué est celui de l’Espagne du Moyen Âge, sous l’emprise de la fièvre de l’or. Ce pays fit de ce précieux métal le cœur de sa puissance militaire et de sa prospérité économique. Bâti sur une richesse artificielle, cet empire courut vers son irrémédiable perte. Le syndrome hollandais est un autre cas exemplaire où la création de richesse par le travail est abandonnée au profit d’une prospérité factice alimentée par l’exploitation d’une ressource naturelle. Nombre de pays, dont le nôtre, ont été piégés par ce miroir aux alouettes et éprouvent aujourd’hui mille difficultés à s’en sortir. Le mot de passe n’est pourtant pas aussi secret que les experts le prétendent, et la formule magique tient en un seul mot : travail. Du travail bien fait, et seulement cela. Il n’est nul besoin de muter en forçat du travail. Présentement, en Algérie, quand quelqu’un fait convenablement son travail, on dit que c’est un perfectionniste. Un compliment qui sonne comme un reproche. En clair, un perfectionniste chez nous est une sorte de malade atteint d’une pathologie rare, non soignée sur place, et qui devrait s’expatrier pour dénicher un traitement adéquat ! C’est ce qu’on a dit de l’entraîneur de l’équipe nationale, Djamal Belmadi, sans qu’il n’ait rien demandé, se contentant juste de faire son boulot comme il se doit, c’est-à- dire de manière professionnelle. Mais on dit tellement de choses pendant ce Ramadan. Ainsi la fameuse zlabia, cette pâtisserie frite dont ne sait plus à quelle époque elle a été  créée et qui a conquis des régions entières de notre planète, serait subitement devenue cancérigène en Algérie. Boufarik en a tremblé de ce diagnostic qui risque de mettre à mal son économie ramadanesque. Le poulet aussi subit des attaques, même si on lui en veut un peu de déplumer ces derniers jours le consommateur, et est décrit comme un condensé de produits pharmaceutiques dangereux pour la santé. Y a-t-il quelqu’un qui travaille pour prouver ces assertions, et prendre les mesures qui s’imposent pour écarter la menace sur nos assiettes, ou les réfuter avec des arguments avérés de l’innocuité de ce que l’Algérien ingère ? Plus à l’Ouest, les soucis sont diamétralement à l’opposé de nos préoccupations. Ainsi, on apprend que les agriculteurs marocains poussent un ouf de soulagement car ils n’ont plus d’inquiétude (mais en avaient-ils jamais eu?) à se faire pour leurs plantations de cannabis, étant désormais des plus légales ! Le kif, n’est plus une drogue, mais une substance médicinale. Les dealers marocains peuvent en faire leur blé. Les effets secondaires, c’est pour les autres, en particulier pour l’Algérie qui doit redoubler d’efforts et de surveillance pour rendre plus hermétiques ses frontières occidentales pour protéger sa jeunesse des paradis fumeux qu’on tente de lui vendre.
O.M.