Grande placette publique de Cherchell : A la découverte d’un trésor à ciel ouvert

La grande placette publique du centre-ville de Cherchell, wilaya de Tipasa, est une halte incontournable pour les visiteurs de l’ancienne capitale de Juba II, Césarée en l’occurrence.

Avec ses arbres majestueux et les vestiges antiques qui la décorent joliment, elle allie gracieusement le riche passé de la ville et son présent moderne qui s’imbriquent harmonieusement dans une fresque naturelle presque hors du temps, tant le calme qui y règne laisse ses hôtes rêveurs. En ce jour du Ramadhan, l’heure indique 16h. Sous un soleil printanier la circulation dans la ville de Cherchell est presque fluide et les places de stationnement ne manquent pas, à cette heure-ci, au grand bonheur des automobilistes. Il faut dire qu’il est impossible de rater du regard la grande placette attenante au musée public national qui renferme entre autres une des plus grandes collections de statues remontant à l’époque antique. En effet, une étroite venelle pavée la sépare du musée. En guise de limite, une série d’arbres ponctuée par des vestiges de colonnes romaines bordent la placette. Cette magnifique allée ombragée où de nombreux Cherchellois aiment se réfugier donne vers une balustrade en fer qui ceinture toute la partie nord de la placette. D’ici la vue est dominante et imprenable. Elle s’ouvre vers la mer, le port et son magnifique phare qui représente un autre patrimoine de la ville. Tel un belvédère, nombreux sont les badauds qui s’y attardent pour contempler la mer ou bien meubler leurs temps par d’interminables palabres, en attendant El Iftar. «Je suis ici pour recharger, si l’on peut dire, mes batteries. Depuis 11h je n’ai pas arrêté de travailler au marché. C’est devenu pour moi une habitude. Dès que j’ai un moment de libre, je viens me reposer une demi-heure ici» confie un marchand de fruits et légumes, propriétaire d’un étal au marché de la ville situé à une encablure de la placette. Selon lui, les arbres de la placette sont uniques en Algérie. D’un tronc anormalement large par rapport à longueur, l’arbre en question est serti d’un feuillage dense et ombrageux. Une particularité dont les bienfaits, notamment en temps de canicule, sont inestimables. «Certes, maintenant les couronnes des feuilles de ces arbres ne sont pas tout à fait imposantes, car il n’y a pas si longtemps elles ont subi une taille. Il faut revenir l’été pour les apprécier et profiter de leur ombre» affirme un autre Cherchellois. «Ces arbres sont des balombras qui ont été introduits de l’Amérique latine. On en trouve également dans d’autres régions du pays. Cela dit, ils représentent une particularité de Cherchell» indique M’hamed, un septuagénaire natif de la ville et qui, a priori, est l’un des rares à porter le masque en ces moments de pandémie. Les balombras, qui jalonnent quasiment ce bel endroit, s’accrochent majestueusement au talus escarpé qui borde la placette au nord. L’autre atout de la placette est les dizaines de bancs qui y sont disposés. Vieux, jeunes ou moins jeunes, tout le monde s’y affale et se laisse bercer par la magie des lieux, car ici l’inspiration et les rêves ne manquent pas, comme le souligne si bien Boudjemaa, un habitant de Khemisti, un fidèle de la placette. Poète en ses heures perdues, comme il se présente, il confie que ses plus beaux poèmes lui sont suggérés par les muses de Cherchell. Bien que l’esplanade de la placette soit joliment ornée d’une multitude d’arbres et de vestiges antiques, l’endroit paraît spacieux. L’allée qui la traverse d’est en ouest et bordée de bases de fûts et de chapiteaux de colonnes,  donne de part et d’autre sur des surfaces en terre battue, de couleur calcaire tirant vers le jaune. Dans un coin de la placette, un boulodrome est aménagé au grand bonheur des nombreux amoureux de la pétanque. Les attributs de la placette attirent la curiosité. C’est le cas de sa fontaine, dont le bassin est de forme octogonale surmontée en son centre par une décoration particulière et sublime à la fois. En effet, un joli piédestal supporte quatre têtes colossales, qui s’avèrent une reproduction à l’identique de têtes de statues antiques se trouvant dans le musée de la ville. En ce jour, aucun jet d’eau n’anime la fontaine. Pour autant, celle-ci garde intacte sa beauté. De la fontaine, on aperçoit de l’autre côté de la grande rue de la ville, la Mosquée Errahmane, qui serait à l’origine un ancien temple antique avant d’être transformé en mosquée, avant qu’il fasse office d’église durant la période du joug coloniale. «Dans la grande placette de Cherchell, on ne cherche pas uniquement le farniente. Ici on peut revisiter à travers les vestiges qu’elle renferme et la vue imprenable qu’elle offre, l’histoire de la ville qui plonge ses racines dans l’Antiquité» souligne un autre Cherchellois. Un endroit à visiter et à contempler.
Amirouche Lebbal