Abdelkader Missoum, coordinateur des écoles associées à l’Unesco à Horizons : «Le numérique réduira le budget de l’éducation»

La pandémie a dévoilé les manquements en matière de numérisation dans plusieurs secteurs, particulièrement dans l’enseignement. Quelle est votre appréciation de l’état des lieux relatif au numérique ?

Le e-learning ou l’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement a été lancé au début des années 2000. La loi d’orientation de 2008 contient également des dispositions dans ce sens. Des progrès ont été réalisés, mais ponctués par des moments de recul, voire de stagnation du projet. Dans des réflexions et débats menés  avec les organisations  internationales, telles que l’Unesco ou Alesco, il est apparu évident que l’école comme d’autres secteurs doit revoir sa méthodologie, car le changement est crucial si nous voulons être au diapason de ce qui se passe dans le monde. La pandémie de la covid-19 qui a paralysé le monde entier a le mérite d’accélérer ce changement. Les modes d’enseignement ne seront plus les mêmes avant et après la covid-19.   

 

Le ministère de l’Education s’est donné l’échéance de 2030 pour atteindre cet objectif… Les conditions pour y parvenir sont-elles réunies ?

Ce projet de la numérisation de l’école entre dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté par la communauté internationale. Il comprend 17 objectifs  dont l’expansion de l’informatique et des communications et la réduction  de la fracture numérique. A ce titre, le ministère met les bouchées doubles pour rattraper le retard immense accusé par notre pays dans le basculement dans le digital.

La problématique qui se pose dans la généralisation et la réduction des frais quant à l’accès aux NTIC et à l’internet  reste la disparité entre les régions et les catégories de la société. Par conséquent, les pouvoirs publics sont appelés à développer l’infrastructure à travers l’ensemble du territoire. Le ministère en charge des télécommunications a fait des efforts notamment les projets finalisés à la fin de 2020. L’amélioration du débit et le raccordement des foyers et institutions au réseau de la fibre optique sont deux éléments clés pour prétendre à la digitalisation. 

Il y a aussi un travail en amont à faire avec les personnels de l’éducation. Il est nécessaire de s’y préparer en assurant des formations aux inspecteurs et aux enseignants. D’ailleurs, durant la période de confinement aux premiers mois, les enseignants ont fait de grands efforts en mettant en ligne des cours et en restant en contact avec les élèves pour assurer une continuité pédagogique. Ce fut une louable initiative même si elle n’était pas généralisée. Aujourd’hui, c’est au ministère de l’Education nationale de prendre les choses en main pour justement se conformer au droit d’instruction de tous les enfants et réduire, voire supprimer les disparités.

Un autre point important à souligner, la disponibilité du matériel informatique et des appareils connectés, tablettes, laptop… C’est un énorme marché qui ne doit pas échapper au contrôle de l’Etat pour justement permettre à chaque enfant d’avoir un outil.

L’école numérique peut-elle remplacer les classes comme nous les connaissons depuis plus d’un siècle ?

Ce n’est pas cela le but.  L’école classique sera toujours d’actualité et reste ouverte aux enfants. Ce qui change c’est la méthode.  Il s’agit là de classes inversées. Autrement dit,  les élèves reçoivent leurs cours chez eux, dans une plateforme numérique et les consultent. Le lendemain, en classe, la leçon  sera dispensée par un enseignant avec qui il interagit et pose des questions pour mieux assimiler. Dans ce mode d’enseignement, l’apprenant vient préparé et avec une idée sur le sujet du jour. En somme, ce sont les méthodes et les moyens d’apprentissage qui changent, pas les missions de l’école. Par contre, la participation des parents dans la scolarité de leurs enfants est primordiale. Ce sera une continuité de l’école.

Peut-on arriver à ce mode d’enseignement dans les prochaines années ?

Au fait, cela ne demande pas de gros investissements ou un changement radical qui élimine ce qui a été déjà réalisé. Les programmes scolaires resteront les mêmes et les manuels aussi. Ce qui va changer, c’est de mettre tous ces outils pédagogiques en papier dans des fichiers numériques que l’élève consultera sur sa tablette. Un problème sera par conséquent réglé celui de la surcharge des cartables dont souffre les enfants notamment dans le primaire. Le numérique réduira énormément le budget de l’éducation. J’espère que le ministère poursuivra ce projet et qu’il soit soutenu par tous les départements notamment les télécommunications.

Entretien réalisé par Karima Dehiles