Gaspillage durant le ramadhan : La fédération des boulangers appelle à revoir la politique des subventions

A chaque Ramadhan, des voix s’élèvent contre le phénomène de gaspillage qui prend de l’ampleur durant le mois sacré, appelant les citoyens à une consommation modérée. Il faut savoir que les aliments non consommés ont un coût pour l’Etat, car il s’agit notamment de produits subventionnés dans leur majorité. Chaque année, ce coût est évalué à 500 milliards de centimes.

Comme chaque année et durant ce mois sacré, des associations de protection du consommateur et les pouvoirs publics lancent des campagnes de sensibilisation pour endiguer ce phénomène. Mais cela ne semble pas apporter  des résultats : 600 tonnes de baguettes de pain finissent dans les poubelles chaque jour. Pour l’année 2020, sur les 4,1 milliards de baguettes, 120 millions se sont retrouvées à la poubelle.
Pour le président de la fédération nationale des boulangers (FNB), affiliée à l’union général des commerçants et artisans algériens (UGCAA), Youcef Kalafat , le pain est classé en tête de liste des produits gaspillés. Selon les estimations de l’UGCAA,  20% du pain et autres produits céréaliers finissent dans les poubelles, suivis par les légumes et les produits laitiers avec près de 12 millions de litres. Kalafat ne va pas par quatre chemins pour désigner le coupable : les subventions.  « Le gaspillage a un lien direct avec la politique des subventions, car 60% des produits jetés sont subventionnés », insiste-t-il. Selon lui, le phénomène fait partie de la culture du consommateur algérien. « Malgré la crise économique que nous traversions, ce fléau est présent non seulement  durant le mois sacré, mais tout au long de l’année», soutient-il. Pour lui, tant qu’on pas d’études sociologique et économique sur ce problème, on ne saura pas avec exactitude pourquoi les Algériens jettent des quantités énormes de pain et autres produits de large consommation.  Pour lui, les campagnes de sensibilisation et d’information n’ont pas donné de résultats positifs. « C’est la raison pour laquelle les pouvoirs publics doivent revoir la politique des subventions en optant pour les subventions ciblées », recommande-t-il.
Pour mettre un terme à cette situation, la FNB réclame depuis plusieurs années la réduction du poids de la baguette de pain de 250 à 200 grammes. La raison ? « On gaspille une moyenne de 50g par baguette, alors pourquoi ne pas réduire  cette quantité pour gagner 20% en farine, et de là faire baisser les  importations de 20%», plaide-t-il.  Selon lui, cette proposition a été soumise au premier ministère et la fédération attend des actions concrètes pour en finir définitivement avec ce problème.   «Il est temps de sortir des slogans et débuter le chantier afin de trouver des solutions pour sauver les caisses de l’Etat », a-t-il estimé.
Pour sa part, la responsable de la communication et de développement à l’Etablissement de nettoiement et de collecte des ordures ménagères (NETCOM), Mme Nassima Yaakoubi, a fait savoir que malgré la cherté de certains produits alimentaires, tels que les fruits et les légumes, les quantités jetées se rapprochent de celles enregistrées durant les années précédentes avec une augmentation de 20 à 30 % durant le ramadhan. « Si pendant une journée ordinaire, on ramasse 1 100 tonnes par jour, durant ce mois c’est 1 300 à 1 400 tonnes par jour. Ces quantités sont les résultats de ce gaspillage alimentaire dont le pain en tête de liste », a-t-elle expliqué. Selon elle, les agents de Netcom ramassent des baguettes entières jetées un peu partout sur les voies publiques. « Nos agents trouvent aussi des menus complets  comme les gratins ou la chorba, jetés dans les poubelles », a-t-elle regretté.
Pour la première semaine de ce mois sacré les services de Netcom ont ramassé 6 tonnes de baguette de pain au niveau des 26 communes d’Alger couvertes par l’entreprise.  Pour lutter contre ce problème, l’établissement a mis en place un programme de sensibilisation allant jusqu’à faire du porte à porte. Mais, selon la responsable, le gaspillage ne touche pas uniquement les ménages mais aussi l’activité commerciale, puisque des milliers de tonnes de fruits et légumes finissent dans les poubelles.  « Le défi est de réduire toutes ces pertes en développant la culture du rien ne se jette, tout se transforme», espère-t-elle.
Samira Belabed