Hacène Menouar ,président de l’Association « El Aman» pour la protection des consommateurs : «Les subventions de l’Etat doivent être versées directement dans les comptes des personnes nécessiteuses»

Dans cet entretien Président de l’Association « El Aman » pour la protection des consommateurs, Hacène Menouar, plaide pour des subventions ciblées afin de mettre fin au problème du gaspillage.

 

Comme chaque année, il y a une campagne de sensibilisation contre le gaspillage. Le phénomène connait-il une baisse ?

Non, il est toujours de la même ampleur. Le gaspillage est devenu même une culture. Notre campagne de sensibilisation est destinée au consommateur et même aux responsables pour entreprendre une démarche nouvelle.

 

En quoi consiste cette démarche?

Nous estimons qu’il faudrait qu’il y ait un courage politique en allant vers des changements radicaux dans les systèmes alimentaires. Cela fait des années qu’on parle du gaspillage, mais rien n’a été fait. C’est toujours le même constat. Dans notre analyse, nous avons trouvé que les produits gaspillés sont ceux qui n’ont pas de valeur en termes de prix, de qualité et de goût comme le pain, le lait et l’eau.  Généralement, ce sont les produits subventionnés qui sont jetés puisque qu’on ne connait pas leur vraie valeur du fait que les prix demeurent inchangés depuis plus de vingt ans.

 

Le phénomène ne concerne pas uniquement les ménages, mais les commençants aussi…

Absolument, notre mode de commercialisation a changé. Il y a quelque année, les prix baissent tout au long de la journée, mais actuellement les commençants font les calculs de leur perte et les rajoutent au prix de vente dès le matin. Ils maintiennent ces prix toute la journée. Donc, le commerçant ne perd rien en jetant les fruits et légumes avariés.  Le gaspillage touche aussi les institutions comme les universités et les hôpitaux

 

Donc malgré la crise économique, l’Algérien continue toujours de gaspiller

C’est un paradoxe, d’un côté on se plaint de la cherté des produits et d’un autre côté on continue à gaspiller. Nous avons constaté que les campagnes de sensibilisation ne servent à rien. C’est pour cette raison que nous sommes révoltés puisque la situation économique devrait inciter à la rationalisation des dépenses dans tous les domaines, à tous les niveaux.  Avec cette crise financière, il est temps de justifier la révision des subventions en lançant des études et des statistiques. Nous avons cette volonté politique pour en finir avec ce fléau. Il faut une régulation au plus haut niveau de l’Etat et revenir au prix juste des produits. Il faudrait aussi avoir des cartes d’industrie agroalimentaire pour produire selon les besoins de chaque région puisqu’on gaspille aussi la surproduction. Les subventions de l’Etat doivent être versées directement dans les comptes des personnes nécessiteuses, ce qui se réalisera avec la numérisation de l’administration.

 Entretien réalisé par Samira Belabed