Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik à Horizons : «L’Etat et les citoyens doivent assumer leurs responsabilités»

Revenir au respect des mesures barrière et le renforcement des capacités de séquençage pour le dépistage des nouveau variants sont les principaux éléments développés dans cette interview  par le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik.

Quelle lecture faites-vous de la situation épidémiologique ?
Après une stabilisation de la situation épidémiologique qui a duré pratiquement trois mois, nous avons constaté ces derniers jours un léger rebond. Le nombre des consultations et les malades hospitalisés a connu une hausse.  Nous avons dit que nous sommes toujours en crise et la pandémie n’est pas dernière nous. Tant que nous n’avons pas atteint l’immunité collective, soit par la vaccination ou par l’infection naturelle, on ne pourra pas dire que nous sommes à l’abri d’une autre vague.  

 

Le relâchement dans le respect des mesures barrières est-il la cause principale de cette légère hausse ?
Je ne dirais pas qu’il y a un relâchement, mais un abandon presque total dans l’application des mesures barrières, notamment dans les lieux fermés. Nous avons aussi remarqué l’absence totale des contrôles au niveau des commerces, les lieux de travail et les transports en commun, et dans tous les endroits clos où la transmission du virus est plus importante que dans des endroits ouverts. Donc, ces deux éléments ont fait que la courbe des contaminations est repartie à la hausse. Nous sommes en train d’observer un frémissement de la pandémie et j’espère que les citoyens et les autorités vont réagir avant que la situation s’aggrave. 

 

Il y a aussi l’apparition des nouveaux variants. Y a -t-il un risque de voir les chiffres des contaminations grimper encore ?
C’est un autre facteur de risque qu’il faut absolument prendre en compte. Ce qu’on sait de ces variants, c’est qu’ils sont plus contagieux que la souche d’origine. Pour l’instant, nous ne connaissons pas la situation réelle de ces variants en Algérie, puisque le ministère ne communique pas sur ce point. Donc, on ne connait pas les vrais chiffres sur le nombre de personnes touchées.   Si le variant prend le dessus sur la souche classique, c’est clair que l’ampleur de la pandémie sera plus importante comme c’est le cas en Europe, aux USA et en Amérique latine. En l’absence de communication, nous ne pouvons pas dire si ce frémissement de la pandémie est dû aux variants ou pas. En tant que professionnels de la santé, nous avons besoin de connaitre le taux  de ces nouveaux variants dans la courbe des contaminations pour savoir la conduite à tenir. Lorsqu’on communique sans cesse sur la dangerosité de ces variants, la population fera plus attention et va revenir au respect des mesures barrières surtout le port du masque et la distanciation physique. 
 
Justement est-ce-que l’absence d’informations sur ces variants est due au manque de moyens de séquençage ?
Non, puisqu’on peut acquérir des appareils de séquençage et plus de réactifs pour connaitre la situation réelle. Actuellement il y a des appareils de séquençage qu’on peut faire fonctionner en dehors de l’Institut Pasteur d’Algérie. Nous avons même des appareils qui sont à l’arrêt faute de réactifs. Il est vrai que le séquençage n’est pas une opération facile, mais nous pouvons augmenter nos capacités. En termes de diagnostic lorsqu’on suspecte un variant, il y a des équipements  qui permettent de dépister les PCR douteuses de variants, cette méthode permet de détecter le gène S (Spike) et lorsqu’il n’est pas décelé, il y a un  risque d’avoir le nouveau variant. Pour se faire, il suffit d’avoir les réactifs nécessaires et on a les moyens de le faire. 

 

Selon vous comment ces variants sont entrés en Algérie?
Le plus important n’est pas de savoir comment ils sont entrés, mais de connaître la situation épidémiologique. Tous ces moyens que j’ai cités nous permettrons d’avoir les chiffres réels et des projections concernant ces variants. Ils ont été introduits avec la reprise des vols de rapatriement. Nous avons attiré l’attention des autorités sur les risques et on dit qu’il ne fallait pas se contenter d’une PCR négative. Nous avons proposé un isolement d’une semaine comme cela s’est fait au début de l’opération de rapatriement.   En plus des vols de rapatriement, il y a aussi l’introduction des migrants clandestins venus des pays africains. En l’absence d’éléments clairs, nous n’avons pas toutes les données pour s’exprimer réellement sur la situation épidémiologique.   

 

L’Algérie qui a lancé depuis la fin janvier la campagne nationale de vaccination contre la Covid peine à la démarrer correctement, quel est votre commentaire ? 
Malheureusement, nous n’avons pas encore atteint des taux de vaccination appréciables. Nous sommes à moins de 1%.  Un taux  qui reste en deçà des objectifs tracés par les autorités sanitaires. Pour l’instant nous sommes très loin des 60 ou 70% de taux de vaccination fixés au début de la campagne. 
Entretien réalisé par Samira Belabed