Fermeture des frontières : Peu d’ impact sur la valeur du dinar

La dépréciation du dinar  face à l’euro, notamment, se poursuit.  Dans le marché parallèle, le taux de change du dinar  connait, ces derniers jours,  une hausse face à l’euro. La bourse du Square affiche   20 900 DA pour 100 euros à l’achat  et 20. 700 0 à la vente.  

Pour ce qui est du cours officiel, la Banque d’Algérie  a avancé, ce mercredi,  une cotation commerciale  d’ouverture du dinar à l’achat de 158, 51  et 158,57 37  DA à la vente pour un euro.  Selon les experts  les deux circuits ont différemment réagi à la conjoncture actuelle.   La fermeture des frontières  avec tout ce qu’elle engendre comme  diminution de circulation des  personnes  ont eu, selon nos interlocuteurs, des retombées, certes,  sur la parité de la monnaie nationale par rapport à la devise, mais sans pour autant qu’elle soit le facteur principal de la dépréciation.  D’autres facteurs  sont plus influents. L’expert financier Souhil Meddah a expliqué que la fermeture des frontières « n’est qu’un fait conjoncturel, qui a beaucoup plus provoqué des ralentissements dans quelques activités, telles que le transport et autres services, avec des baisses sur les volumes des transactions et des ponctions sur le PIB, sans autant être un facteur direct aggravant sur l’état du dinar ».  D’après son analyse,  les effets dus aux fermetures des frontières «  ne peuvent pas se mesurer sur la parité officielle du dinar, car cette parité a toujours été la moins sollicitée ou elle est sollicitée de façon limitée, du fait que les transactions des devises en achats sur entrée ou en ventes sur sortie, s’opèrent généralement sur le marché parallèle de la devise. De ce fait, l’étude de l’impact ne peut qu’être adossée sur le marché parallèle qui va probablement donner plus de marges pour tirer le marché officiel vers une dévaluation des taux de changes ».  Plus explicite,  l’expert soutiendra que l’impact ne peut être grandiose. « En terme plus profonds, sur la base des analyses, notre monnaie ne subira aucun effet négatif, du fait que d’une part, notre modèle des recettes est en mode mono-source et d’autre part, que la circulation des devises à l’étranger s’opère dans un espace qui garde quand même son équilibre avec moins d’offreurs contre moins de demandeurs. Et aussi que notre monnaie ne bénéficiera d’aucun avantage du fait que les réserves restent sollicitées presque au même titre que les restes ».
Pour sa part, l’expert en commerce extérieur et professeur à l’université de Tizi Ouzou, Brahim Guendouzi, estime lui que c’est le marché parallèle qui  accuse  le coup  du fait de la fermeture  des frontières. Il fera observer que « la fermeture des frontières concerne uniquement les personnes physiques. Les marchandises continuent à circuler librement, même si des conditions draconiennes sur le plan du contrôle sanitaire sont imposées. Il est vrai aussi que la chaîne des approvisionnements est complètement perturbée du fait du confinement des populations dans certains pays, notamment ceux qui sont fournisseurs de l’Algérie ». Pour ce qui est de l’impact sur la valeur du dinar, l’expert économique insiste sur la nécessité de «  distinguer entre le  change officiel qui se fait à travers le circuit bancaire et à partir de la cotation de la Banque d’Algérie, du change informel qui se fait habituellement dans la rue et pour une clientèle particulière. Aussi, la forte dépréciation du cours officiel du dinar constatée ces dernières semaines, n’est pas due au fait de la fermeture des frontières imposée par la pandémie. Par contre, le change informel a subi l’impact de cette fermeture des frontières, car c’est plus les voyageurs qui sollicitent ce marché ».
Le dinar dans un cycle de réajustement 
 Les deux experts estiment que d’autres facteurs macroéconomiques sont à l’origine de la dépréciation du dinar. Guendouzi explique  « le cours du dinar a été ajusté par la Banque d’Algérie en réaction à la détérioration des équilibres financiers du pays, tant internes à savoir le déficit budgétaire qu’externes,  concernant la balance des paiements ». Un procédé qui s’impose de lui-même, d’après lui, d’autant que « l’ajustement du taux de change permet justement d’agir aussi bien sur la hausse du niveau des recettes budgétaires grâce à la fiscalité pétrolière, ainsi que la fiscalité douanière, mais aussi sur la baisse du niveau des importations  en rendant les produits et services importés plus chers.  Dans ce cas, l’impact immédiat est la hausse des prix que l’on constate aujourd’hui. En revanche, le cours du dinar sur les circuits de l’informel reste dans l’immédiat contenu en raison de l’impossibilité pour les personnes  de se déplacer en dehors des frontières ».
Sur cette question, Meddah  souligne que « le cours du dinar est en train de s’inscrire dans un cycle de réajustement naturel en fonction de trois facteurs majeurs ». Le premier concerne,  a t-il mentionné  «  le modèle de gestion des réserves par rapport au niveau de son stock et aussi des interfaces existantes entre les grandes monnaies internationales qu’elles soient en placements ou autres. Le deuxième concerne de façon presque commerciale, le degré de la demande sur le dinar par rapport aux autres monnaies, mais aussi de la demande des autres monnaies par rapport au dinar acheteur. Et enfin, le troisième facteur, s’attache beaucoup plus aux besoins de maximiser les volumes pour détenir plus de ressources en fiscalité locale et soutenir un début de compétitivité pour le compte d’une industrie qui doit impérativement réagir et être au rendez-vous ».
Wassila OuldHamouda