Accès aux Archives nationales : Les historiens insistent sur la levée des contraintes   

 

Dans une déclaration à la presse, en marge d’une conférence animée dernièrement au siège des Archives nationales, à l’occasion de la célébration de la Journée du savoir (Yaoum El Ilm) et du 81e anniversaire du décès de cheikh Abdelhamid Ibn Badis, le conseiller du président de la République, chargé des Archives et de la Mémoire nationale, directeur général du centre national des archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, a affirmé que  les portes des Archives nationales sont ouvertes aux historiens et chercheurs.

«Le Centre des Archives nationales  applique les lois et les procédures en vigueur dans tous les pays du monde concernant la classification des Archives accessibles et non accessibles», a-t-il signifié. Toutefois, des enseignants universitaires et chercheurs en histoire réfutent catégoriquement les propos du directeur général des archives nationales, faisant savoir que des procédures bureaucratiques lentes et longues font que les archives, notamment celles produites durant la guerre de libération et le mouvement national sont carrément « verrouillées ».

L’enseignant universitaire en histoire, Hocine Abdessatar, dit avoir de mauvais souvenirs  du centre des Archives. «Pour permettre aux citoyens de juger par eux-mêmes les obstacles rencontrés par mes confrères et consœurs dans leur recherche sur l’histoire et la mémoire nationales, je vais vous raconter comment cela se déroule. En arrivant à l’administration du centre, un fonctionnaire vous demande de remplir quelques formulaires accompagnés de documents administratifs personnels. Il vous demande par la suite, de cocher les cases en rapport avec la liste d’archives à consulter. Deux à trois mois plus tard, on retourne et constate que la liste a été réduite par la commission chargée de cette mission en permettant l’accès à 3 au lieu de 7 ou 8 documents relatifs à la thématique », a-t-il expliqué, relevant que la durée de toutes ces procédures pourrait atteindre 6 à 8 mois. En outre,  « il est strictement interdit de faire des copies de ces documents ou de les avoir sur un support électronique ou en papier ».

De son côté, le constitutionnaliste et chercheur en histoire, Ammar Rekhila, a soutenu que la question de l’accès aux Archives est beaucoup plus compliquée. « Les archives sont gérées par des lois qui sont presque similaires dans le monde. Si on se réfère à notre  loi, la levée de secret doit être faite depuis quelques années déjà,  vu que la guerre de libération date maintenant de plus de 50 ans. De fait, comme dans tous les secteurs, l’application des textes de loi reste du noir sur blanc sans conséquence aucune », a déploré le juriste.

A une question sur la capacité d’écrire l’histoire et de transmettre la mémoire nationale aux générations futures en l’absence d’archives qui éclairent le chercheur et le grand public, Rekhila a mis l’accent sur le droit des Algériens en général et des chercheurs en particulier de consulter ces documents. «Dans d’autres pays, les archives, quelle que soit leur nature, représentent un patrimoine national. Cependant, comme le disait M. Chikhi, certains documents sont très sensibles, il suffit d’appliquer les lois et de définir les fonds documentaires sensibles. Et ce n’est pas le rôle des administrateurs du centre qui le feront mais des institutions de l’Etat compétentes telles que la Défense par exemple », a-t-il souligné. Le président de la République avait, lors de la commémoration des massacres du 8 mai 1945, adressé un message à la nation en 2020 dans lequel il invite les chercheurs en histoire à fournir plus d’efforts pour l’écriture de l’histoire et la transmettre aux générations montantes. A ce propos, l’enseignant universitaire de l’histoire, le Pr Bouaaza Boudir Sayah, a insisté sur l’existence de compétences nationales à l’intérieur de l’université algérienne et ailleurs. « Ce sont plus que des enseignants ou chercheurs, ils se sont carrément investis de la mission de transcrire notre histoire et faire en sorte de laisser une trace de notre travail. Mais malgré cela, des obstacles se dressent contre nous et les chercheurs dans notre pays sont marginalisés ou poussés à l’exil », a-t-il regretté.

Justement, dans ce sens, il a rappelé la lettre adressée au président de la République sur la facilitation d’accéder aux archives nationales. « Cette lettre doit être signée par un grand nombre de chercheurs en histoire. Les signataires sont des historiens de renommée internationale et leurs travaux connus et lus en Algérie et ailleurs. Le Président se doit de donner des directives pour supprimer la bureaucratie qui bloque toutes les bonnes volontés au service de l’histoire et de la mémoire. Une révision de la gestion des archives est nécessaire. La numérisation a conquis tous les secteurs et les archives sont toujours à la traine pour ne pas dire qu’ils dépérissent», a-t-il regretté.

Enfin, le Pr Bouaaza Boudir sayah insiste sur le respect de la loi relative aux archives nationales. « Ce sera un grand pas à franchir », a-t-il conclu.

Karima Dehiles