Toufik Hantabli, expert dans les TIC : «Le nombre des souscripteurs au Wimpay-BNA n’est pas très important»

Dans cet entretien, l’expert en TIC Toufik Hantabl revient sur le e-paiement et son apport à l’économie.

 

La Banque nationale d’Algérie   fait état de près de 1.400 souscripteurs à son application de paiement mobile sans contact, Wimpay-BNA, lancée il y a un mois. Pensez-vous qu’on est dans la bonne direction dans le e-paiement sur le plan économique et commercial ou faut-il introduire d’autres mécanismes numériques ?
Le Wimpay-BNA est l’action qu’il fallait entreprendre et le plus tôt aurait été le mieux. Concernant le nombre de souscripteurs, soit 1.400, c’est très peu. Le nombre des transactions effectuées également d’ailleurs. Cela est à un manque de communication et d’information entre le prestataire et les utilisateurs. En outre, bien que le paiement par carte soit en cours de généralisation, il ne se déploie pas assez rapidement. Des lenteurs persistent alors qu’une banque ne doit pas fonctionner comme une administration publique, mais plutôt comme une entreprise économique et commerciale où le facteur temps est très important. Aussi, l’idéal est de mettre en place les virements en ligne avec un seuil de 300.000 DA ou 500.000 DA pour les particuliers et
2.000.000 DA pour les commerçants et les opérateurs économiques afin d’éviter la circulation de la monnaie. Cela va permettre d’économiser du papier, de réduire le coût de la logistique et de la sécurité et un meilleur investissement dans la sécurité des données. Ces mécanismes numériques doivent se généraliser au niveau de toutes les banques et non seulement à la BNA. Toutes les autres banques sont appelées à suivre ce mouvement. La  loi de finances 2021 exige de chaque opérateur économique ou commerçant de mette en place les moyens de payement électronique, et ce, avant le 31 décembre 2021. Mai avec ces lenteurs, ce délai risque de ne pas être respecté. Dans les grandes surfaces, beaucoup de consommateurs  regrettent l’absence du e-paiement, souvent expliquée par la non-disponibilité de TPE ou d’agents spécialisés pour la formation des vendeurs sur ces équipements.
 
Selon vous, que faudra-t-il faire afin que les opérateurs et les commerçants adhérent au service digital, le e-banking, pour accéder au Wimpay-BNA ?
A mon avis, une campagne de communication de proximité et d’envergure doit être initiée par les banques, en collaboration avec les directions du commerce de wilaya. Elle inciterait les commerçants notamment à se conformer aux moyens de payement électronique. Elle encouragera, par ailleurs, les citoyens à dénoncer, via des lignes vertes ou de portail web et/ou plateforme, les retards enregistrés dans la mise en place de ce mode de paiement.
Le Wimpay-BNA est proposé également aux grands facturiers, comme l’AADL, Algérie Télécom et  Mobilis. Ce service pourra-t-il être élargi à d’autres organismes et structures ?
Cette opération pourrait, effectivement, être élargie à d’autres structures autres que les entreprises économiques, qu’elles soient privées ou publiques, les commerçants, etc. Mais aussi aux institutions ou administrations telles que les agences foncières, les APC, les impôts. Premièrement, ce type de dispositif fait gagner un temps considérable. D’où son importance pour les opérateurs économiques surtout. Deuxièment, d’un point de vue économique, il réduit énormément les frais de gestion, tout en garantissant une meilleure traçabilité et plus de transparence. Ce qui va se répercuter positivement sur les recettes fiscales.
La BNA envisage de faire figurer le code-barres intelligent (QR Code), qui sera nécessaire de scanner pour effectuer directement les opérations de paiement, sur la facture d’Algérie Télécom,  Sonelgaz, Mobilis ou AADL. Pensez-vous que les consommateurs algériens sont prêts à s’inscrire dans cette opération ?
Les QR code figurent actuellement sur quelques factures, notamment celles de l’électricité, mais le citoyen a besoin d’être rassuré sur la fiabilité et la sécurité de ce moyen de paiement. L’opération effectuée doit être automatiquement suivie par le fournisseur, car  parfois, des factures payées en ligne ne sont pas enregistrées et les clients sont obligés de se présenter à l’agence pour prouver que le paiement a bien eu lieu. Ce qui représente un double effort.  Donc, si le citoyen est rassuré sur l’efficacité de la chose, il adhérera à condition de l’inciter à travers des compagnes de communication et d’information.
F. B.