Pr Riad Mahyaoui, membre du Comité de suivi de l’évolution de la pandémie : «Nous ne sommes pas très loin de la troisième vague»

Dans cet entretien, le Pr Riad Mahyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus, chef du service réanimation au CNMS, estime que la situation épidémiologique est des plus préoccupantes. Alors que nous ne sommes pas à l’abri d’une troisième vague, la question du reconfinement n’est pas à l’ordre du jour pour ce spécialiste.

 

 

L’épidémie suit une courbe ascendante depuis plusieurs semaines. Le nombre quotidien des décès a, lui aussi, augmenté. Comment évaluez-vous la situation épidémiologique ?
Après plus de trois mois d’accalmie, nous observons une hausse importante du nombre de contaminations quotidiennes, mais aussi celui des décès. C’était prévisible, au regard du relâchement total de la population face aux mesures préventives. Nous sommes, toutefois, en décalage par rapport aux pays de l’Europe, l’Inde, l’Amérique, qui ont été frappés durement par la troisième vague. J’estime que nous avons toujours une longueur d’avance pour pouvoir instaurer le protocole sanitaire adopter des mesures urgentes afin de contrecarrer une nouvelle envolée des contaminations.

 

Sommes-nous face à une 3e vague? Quelles sont les mesures à adopter pour limiter la propagation du virus et de ses variants ?
La situation est très préoccupante et je pense que nous ne sommes pas très loin de la 3e vague. Il faut prendre au sérieux l’augmentation des cas et des décès. Nous avons l’opportunité de corriger les défaillances, et ce, à travers le respect des protocoles sanitaires. La population devrait comprendre que la pandémie est toujours là, d’où la nécessité d’observer les mesures de prévention.
Il n’y a pas de solution miracle. Ce sont les mesures barrières qu’il faut respecter scrupuleusement, en attendant une vaccination en masse. La troisième vague a fait des ravages dans les pays européens et Chine.

 

Le reconfinement est-il envisageable?
La question n’est pas à l’ordre du jour. La situation est certes très inquiétante, toutefois, elle reste maîtrisable. Le reconfinement s’imposera, dès saturation du système de la santé. Or, nous n’avons pas atteint cette phase et j’espère que nous n’aurons pas à faire face à une telle crise. L’alerte a été donnée, et il est plus que nécessaire d’instaurer des mesures draconiennes afin d’éviter le pire.

 

Avec les doses limitées réceptionnées jusqu’au jour d’aujourd’hui, où en est la campagne de vaccination ?
La campagne de vaccination, qui a commencé le 21 janvier dernier, est tributaire des quantités de vaccins importés. Il y a une pression importante à l’échelle mondiale sur les laboratoires producteurs, et en conséquence, cela a ralenti la réception des quantités commandées. Nous recevrons prochainement de nouveaux lots de doses. Cela permettra éventuellement d’accélérer la cadence de la vaccination. J’appelle la population à s’inscrire sur la plateforme numérique dédiée à la gestion de l’opération vaccinale contre la Covid-19. Le vaccin reste le seul moyen de sortir de la crise sanitaire.

 

Pouvons-nous avoir des détails précis sur la date du prochain arrivage et les quantités qui seront réceptionnées ?
En toute honnêteté, je ne saurai vous donner une date précise, encore moins les quantités qui seront disponibles. Nous avons eu plusieurs promesses de livraison, qui n’ont pas été respectées, en raison de la forte pression sur le système mondial de production. Les autorités sanitaires sont entrain de faire tout le nécessaire pour faire bénéficier nos concitoyens du vaccin anti-Covid.

 

Un premier lot de 360.000 doses d’AstraZeneca, vaccin à l’origine de thromboses atypiques accompagnées de thrombopénie, a été réceptionné par l’Algérie. Comment sera géré ce lot ?
Le bénéfice de la vaccination est plus important que les risques d’effets secondaires. En plus, il faut savoir que la vaccination est effectuée sous surveillance, dans des centres bien équipés.
Entretien réalisé par Samira Azzegag