Ouarda Baziz Cherifi, écrivaine : «Je déplore l’absence de la convivialité et du partage»

Enseignante de langue anglaise à la retraite, Ouarda Baziz Cherifi s’est convertie à l’écriture à travers laquelle elle rompt le silence sur sa condition de femme, une condition qu’elle partage avec ses concitoyennes. Poétesse, nouvelliste et romancière, elle  est auteure de «Principes et amertumes», «Les survivants de l’oubli», «Les larmes du Jasmin» et d’autres ouvrages. Elle nous livre dans cet entretien ses impressions sur le mois de carême durant la pandémie de la Covid-19.

Jeûner en temps de la Covid-19 est-ce vraiment un Ramadhan comme nous le connaissions ?
Tout a changé avec Corona. Forcément, le carême subit son lot. Passer le mois de Ramadhan «à huis clos» n’est pas une partie de plaisir; surtout pour une personne qui aime accueillir et partager des soirées Ramadhanesques animées. Cependant, nous devons accepter cette étape en espérant que demain sera meilleur.
Qu’est ce qui a changé dans votre quotidien ?
Cette année, je trouve des difficultés à surmonter certains vides, certaines absences, mais je me contente de me remettre sur pied en dépit de certaines difficultés. La maison me semble vide car mes filles que je n’ai pas vues depuis près de 2 ans me manquent et les proches aussi. 2020 a secoué ma famille avec plusieurs drames comme des centaines de familles frappées par cette tragédie de la Covid-19.
Qu’est ce que vous appréciez ou qui vous importune durant le mois sacré ?
Ce qui me heurte durant ce mois sacré c’est justement l’absence de la convivialité et du partage. Le chacun pour soi s’installe désormais en nous.
Le mois de jeûne est-il pour vous un moment propice pour l’écriture ?
Je pense que l’inspiration n’a pas de moment propice. Elle vient quand elle veut et impose un temps. Cependant en tant que mère, le mois de carême me demande plus de disponibilité vis à vis de ma famille car je le répète, je suis aussi une épouse et une maman qui sait combler les siens. Le soir, avec un bon thé à la menthe, l’écriture peut devenir fluide et pourquoi pas abondante!
Quelles sont vos petites faiblesses durant le mois de Ramadhan. Êtes-vous impatiente ou plutôt calme ?
 Etant une pratiquante d’un certain âge, jeûner ne change en rien à mon tempérament. Mi figue, mi raisin! Je peux être joviale, irritable, bavarde ou silencieuse non pas par ce que je jeûne, mais juste que mon naturel me colle à la peau.
Sur le plan culinaire, y a-t-il un met que vous préférez durant le carême ?
J’adore cuisiner durant le mois sacré car tout comme l’écriture, c’est aussi une passion. J’adore un plat particulier : le couscous. Je peux le manger sous toutes ses formes, en sauce blanche, rouge, poulet, viande, avec des légumes vapeur, L’ben. Le hic c’est que j’aurai toute la maison sur le dos! Personne n’a autant d’amour pour ce plat que moi! Donc je temporise. J’essaie de satisfaire les goûts de tout un chacun. Je ne peux pas imposer ma préférence pour ce met. Par contre, le carême est aussi une occasion de faire la diète, de penser aux autres. Donc, je ne privilégie pas la quantité ni l’extravagance! En fait, ma journée se fait sur trois étapes durant ce mois sacré. 1- La préparation du repas (épreuve longue et fatigante). 2- La consommation du repas en famille (moment convivial trop court). Et enfin la soirée ou la récréation. S’invitent alors des petits caprices qui me bercent : café, thé, quelques gâteries, TV nationale et bien sûr écriture.
Entretien réalisé par Hakim Metref