Boukhentache, un artiste sans tâche

Même son nom avait fini par être oublié et presque disparaître. Qu’était-il devenu ? S’est-il fondu dans l’anonymat de la capitale ou s’est-il  replié  installé à Batna, la ville d’origine où les racines familiales plongent du côté d’Aïn Yagout ? Après plus de vingt ans d’éclipse totale, Youcef Boukhentache  avait certes fini par réapparaître.  Au gré de rares émissions de télévision, de passages à la radio il avait  raconté son parcours, évoqué ses goûts et sa formation et avait de sa belle voix entonné quelques succès comme «Ana chaki» «Senia wal bir» du Marocain Hocine Slaoui reprise partout. L’artiste n’avait rien perdu de sa puissance vocale, mais même s’il ne s’était jamais éloigné du milieu de la chanson, il semblait avoir de la  peine à se retrouver dans une société où les codes ont changé.  Boukhentache sémillant jeune homme était familier des fêtes familiales, des soirées de variétés de la télévision, bien avant l’avènement des paraboles et d’internet. A  une époque marquée par la prépondérance de l’oriental, il détonnait déjà  par sa préférence pour le patrimoine algérien, notamment le Malouf. Mais il se retrouve à l’aise dans le bedoui ayant superbement interprété « Biya dik el Mor» avec Rahal Zoubir dont on n’entend plus parler. Il a excellé également dans «Hanina» un classique du Hawzi. Dans la soirée de dimanche dernier, il était de nouveau invité de Canal Algérie en compagnie d’Abdelaziz Benzina. Le revoir, ce fut un coup de nostalgie qu’on prend.Sa réapparition fait ressurgir un temps englouti, des gens qui ont disparu et des voix qui se sont éteintes. L’émission de près de deux heures a pris les allures d’une rencontre entre amis qui parlent de tout et de rien, des connaissances, des maîtres, du métissage des genres, des voix, de la préservation du patrimoine. Il a parlé d’Aissa Djermouni la voix puissante et inimitable de Batna, ville où le Chaoui avant de renaître s’était perdu. Lui-même, même s’il a chanté «Soussem» la célèbre berceuse, ne comprend pas et ne parle pas Tamazight. «C’est une tare», lâche-t-il. Comme Benzina tout aussi ferventdéfenseur de la tradition musicale algérienne, mais qu’il faut selon lui «moderniser» pour «qu’elle aille loin et qu’elle cesse de tourner en rond entre nous». Boukhentache s’est attardé sur le métissage des sonorités et le Festival de Timgad. Il voit celui-ci comme une rencontre d’expressions, un rendez-vous de chanteurs, mais aussi de sculpteurs, de comédiens et de poètes.
H. Rachid