Lazhar Marouk, politologue : «Impliquer les associations dans l’élaboration des politiques publiques»

Dans cet entretien, Lazhar Marouk, a évoqué le rôle important que doit jouer l’Observatoire national de la société civile en rendant le gouvernement plus sensible aux demandes de la société. Il met en garde, néanmoins, quant à sa composante qui doit «être crédible» comprenant des personnalités connues par leur activisme et ayant un capital d’expérience important afin d’éviter à ce que cet organisme ne se transforme en coquille vide.

 

Que pensez-vous du rôle du futur Observatoire national de la société civile ?
D’abord, il faut préciser qu’il s’agit d’un organe consultatif institué conformément à l’article 213 du récent amendement constitutionnel. Il y est pour livrer des avis et recommandations liés aux préoccupations quotidiennes de la société civile au Président de la République. Il peut contribuer à la promotion des valeurs nationales et la pratique démocratique. La création d’un Observatoire national est une valeur ajoutée pour le mouvement associatif qui verra ainsi ses activités valorisées et ses préoccupations écoutées. Sa mise en place dénote de la volonté des pouvoirs publics de vouloir réhabiliter  la société civile jusque-là peu impliquée dans la vie politique pour ne pas dire marginalisée. Il peut jouer un rôle consultatif de premier ordre dans le processus de prise de décision du bas vers le haut ainsi que la consolidation du dialogue entre les différentes franges de la société.
Si on comprend bien, il s’agit d’un trait d’union entre les citoyens et les institutions de l’Etat…
Effectivement l’Observatoire doit remplir son rôle d’intermédiaire entre les citoyens et les hautes institutions de l’Etat. Il s’agit  d’impliquer la société civile dans l’élaboration des politiques publiques. Il est également appelé à accomplir des missions liées à la famille, à la jeunesse, à la femme, mais aussi et surtout contribuer à la consolidation et la mise en valeur des nos us et traditions  ancestrales imprégnées de l’esprit d’association et de solidarité. Il est question de mettre en avant notre patrimoine culturel et notre organisation sociale. Je fais allusion au rôle de tajmaât (assemblée du village) dans l’organisation de la société en Kabylie et ailleurs. Cette structure de base, au fonctionnement démocratique, présidée par un sage, joue un grand rôle dans la gestion des affaires courantes du village et dans le règlement des conflits entre citoyens.
 
Est-il vrai que tout repose sur sa composante ?
Le plus important de la mise en place de cet observatoire est sa composition et les missions qui lui seront assignées. Sa réussite et sa longévité  dépendent de sa composante source de sa crédibilité. Pour qu’il ne soit pas une coquille vide et  pour qu’il ne subisse  le même sort  de certains organismes plongés dans l’oubliette une fois crées, cette instance consultative doit impérativement comprendre dans sa compositiondes militants et personnalités  crédibles, des exemples de réussite  et du succès reconnus ayant un degré respectable de popularité  auprès des citoyens et un capital d’expérience requise lui permettant de  faire de créer une société civile dynamique ayant un rôle plus actif et participatif dans les processus de prise de décision. Cet organisme doit constituer une  force de proposition et un  véritable espace d’expression et d’échanges entre toutes les organisations de la société civiles pour que Celles-ci puissent jouer leur rôle en aidant les institutions  à devenir plus transparentes  dans leurs actions et  rendre le gouvernement plus sensibles aux demandes de la société.
Entretien réalisé par Amokrane Hamiche