Déficit hydrique : L’épuration des eaux usées, l’autre alternative 

«L’épuration des eaux usées s’élargira à la consommation dans le cadre de l’économie de l’eau. Notre but est d’arriver à une sécurité de l’eau en cette période où chaque goutte de pluie est aussitôt utilisée tellement le besoin hydrique est grand», a déclaré le ministre des Ressources en eau.
Devant une pluviosité en baisse de 30% durant ces trois dernières années, le secteur de l’eau opte pour les ressources non conventionnelles pour pallier le manque hydrique dans certaines régions du pays.  C’est ce qu’a réaffirmé, hier, le ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, lors de son passage au forum de la Radio nationale. Ainsi, a-t-il indiqué, en plus de l’extension des opérations de dessalement de l’eau de mer dans les régions alimentées par les eaux de surface, l’autre alternative est l’épuration des eaux usées. «L’épuration des eaux usées ne se limitera plus à la préservation de l’environnement mais s’élargira à la consommation dans le cadre de l’économie de l’eau. Notre but actuellement est d’arriver à une sécurité de l’eau en cette période où chaque goutte de pluie est aussitôt utilisée tellement le besoin hydrique est grand», dit-il, soulignant, néanmoins, que les financements des projets de stations de dessalement et d’épuration d’eau ne pourront être mobilisés du jour au lendemain.
A ce propos, il a signalé que la problématique dans ce cadre se pose surtout dans la réalisation de ces projets, exigeant des entreprises et des partenariats. «Des cahiers des charges ont pu être élaborés pour la réalisation de ces projets. Toutefois, nous avons besoin de partenariats. Afin d’éviter toute forme de dépendance, une entreprise algérienne sera créée pour prendre en charge un ou deux projets de stations de dessalement dans le cadre d’un partenariat. Mais par la suite, une fois le savoir-faire acquis, elle se passera de partenaires pour la réalisation des autres projets», fait-il savoir. De même, poursuit-il, que l’enseignement supérieur sera sollicité pour la réalisation des équipements nécessaires utilisés dans ces stations. L’utilisation de ressources non conventionnelles, observe-t-il, ne signifie pas que les projets des barrages d’eau seront gelés ou qu’ils ne sont plus utiles. «Au contraire, une vingtaine de projets de barrages sont à l’étude. Même si la pluviosité est en baisse, nous aurons toujours besoin de ces barrages, surtout pour l’irrigation, puisque le dessalement d’eau est destiné à l’AEP. Nous utiliserons les techniques de transfert d’un barrage à un autre si certains de ces derniers ne sont plus alimentés par l’eau de pluie», dit-il, précisant que le dessalement d’eau concerne 20 wilayas du nord et même de l’intérieur du pays sur un périmètre de 100 km.
Concernant les stations d’épuration d’eau dans le sud du pays, il reconnaît que la rentabilité est inférieure de 3 points par rapport au nord du pays, et ce, pour des raisons purement techniques. Ces stations sont à réhabiliter et seront dotées de mécanismes de télégestion permettant des interventions rapides dans le cas de pannes ou de problèmes techniques. «Le process d’épuration sera développé afin que les eaux usées épurées soient exploitées dans d’autres secteurs que l’agriculture. Au niveau des zones d’ombre, un énorme travail reste à faire même si on a lancé plus de 3.000 projets dans ce secteur. On se déploie afin de trouver la solution adéquate pour combler le déficit hydrique commune par commune à travers le territoire national», assure-t-il.
Perturbations, fuites, branchements illicites…
Interpellé, par ailleurs, sur les fréquentes coupures d’eau au niveau de la capitale, il a expliqué que c’est le résultat de perturbations dans certains réservoirs. «Des réservoirs sont surexploités et d’autres présentent des fuites. Leur taux est de 45%. On espère les réduire dans les prochains jours à travers des forages mais pour arriver à une baisse de moins de 20%, la norme internationale, cela exige des financements colossaux», prévient-il, assurant que, actuellement, nos ressources en eau au niveau de la capitale sont suffisantes pour répondre aux besoins quotidiens. Evoquant les branchements illicites, il déplore que ces pratiques, dans le sud du pays notamment, empêchent les citoyens de jouir des services publics dans la distribution de l’eau. «On va œuvrer afin de doter la police de l’eau de pouvoirs judiciaires afin qu’elle puisse intervenir et limiter ce genre de pratiques. On compte aussi sur le soutien des entreprises et des start-up pour nous aider à régler les problèmes récurrents dans le secteur, tels que les fuites. Actuellement, on collabore avec plus de 400 entreprises», dit-il. D’après un sondage effectué, confie-t-il, 52% des citoyens se disent satisfaits du service public dans le secteur. «Tant que des consommateurs ne sont pas satisfaits du service public, des efforts restent à déployer jusqu’à ce qu’on réponde aux besoins de tous les citoyens», conclut-il.
Farida Belkhiri