«Taghrast», une pépinière de talents

 

C’est une sorte d’école qui porte bien son nom. Au premier abord, cela ressemble à  «Alhane wa chabab», même si dans son principe l’émission conçue par le réalisateur Smaïl Khechni ne se limite  pas à la chanson. Elle devait accueillir des imitateurs, des comédiens, des poètes…  Espace dédié à la découverte et la promotion de jeunes talents dont certains comme la petite Ouisa Louhi ne dépasse pas dix ans, la majorité des jeunes qui se présentent rêvent d’une carrière de chanteur. Quelques exceptions émergent comme Tanina Meziani qui reprend «Ayemma» de Farid Ali  en jouant du synthé. Taghrast (la ruche, en kabyle) que diffuse, chaque semaine, pendant deux heures, entre dix heures et minuit, la Chaîne 2 apporte un souffle de fraîcheur. On n’a pas affaire à un animateur qui, derrière son micro, écoute ou donne la parole à un invité quand il ne refait pas le monde. Hakim Lemdani et Hakim Hamzaoui, professeur à l’Ecole supérieure de journalisme, disent être là pour orienter, conseiller, reprendre quelqu’un sur sa voix, ou un finish. Le premier a enseigné la musique et sait de quoi il parle. Ils ne sont pas toujours seuls. La dernière fois, ce sont deux membres du groupe Tagrawla, Idir et Belaïd, qui fut professeur de musique durant 32 ans dans un collège à El Biar, qui apportèrent des appréciations et prodiguèrent des conseils n’hésitant pas à relever des faiblesses. L’autre invité fut Nouria, une des plus belles voix de la chanson kabyle qui a entonné un achouik fortement applaudi. On écoutait ceux qui passaient mais on discutait dans la bonne humeur sur le phénomène des  reprises, le respect de la mélodie, des genres et le recours à Internet dont les jeunes talents ont la  maîtrise. Pour Hakim Hamzaoui, «il s’agit de donner de la visibilité à ces jeunes qui sont souvent d’excellents élèves, de les encourager». Céline Lachmot qui avait admirablement repris Ali Amrane a eu  l’agréable surprise d’être citée par le chanteur Ali Amrane qui pourrait lui faire place lors de son prochain concert au pays. Hamzaoui rêvait d’une sorte de gala de soirée où viendraient se produire tous ces artistes en herbe  mais la Covid-19 a tout fait capoter. Ce qui est remarquable dans cette émission c’est le nombre élevé  de jeunes dont de nombreuses filles (Mira, Imane, Yasmine) qui empoignent des instruments de musique, chantent sans complexe parfois entre proches qui composent le talentueux groupe d’Ath Aïssi, dans la région de Yakourène.  Ils viennent souvent au siège de la radio accompagnés d’un parent. Plus et mieux que les discours faux ou prétentieux, ces moments de plaisir et de partage révèlent mieux les changements qui se produisent dans notre société.                  

H. Rachid