Le plus vieux marché de Sétif, commerçants de père en fils

 

 

D’un style architectural très ancien, le marché couvert des fruits et légumes  est situé en plein cœur de Sétif.

Construit en 1954, cet espace commercial est fréquenté en grande partie par une certaine élite. Les prix affichés des produits n’encouragent guère les petites bourses et les simples travailleurs à faire leurs emplettes. Ils préfèrent les autres marchés de proximité créés depuis, un peu partout au sein des grands ensembles d’habitations et des cités. Cet édifice couvert en tuiles rouges fait partie d’un ensemble d’anciennes bâtisses qui ont été érigées tout autour, datant aussi des années 1950 formant la vieille ville avec leur ancien style architectural. Il s’agit de l’ancienne poste centrale, la mosquée Emir-Abdelkader, de deux écoles primaires, le lycée Mohamed-Kerouani (ex-Eugène-Albertini), le lycée Malika-Gaid (ex-de jeunes filles), l’ancienne banque centrale, la sûreté de wilaya, le palais de justice, le théâtre communal et la citadelle militaire transformée depuis en parc d’attractions et de loisirs. Il est aussi situé à quelques encablures de la mythique Aïn El Fouara, du jardin Emir-Abdelkader, de la salle des fêtes, des anciens sièges de la mairie et de la préfecture (wilaya), du stade Mohamed-Gassab (Ex-Girod). Peu fréquenté tout au long de l’année, le marché ne désemplit pas avec une nombreuse affluence durant  le mois de Ramadhan. Ses senteurs ramadhanesques, ses boucheries et ses étals achalandés attirent toujours les fins gourmets malgré les prix affichés considérés excessifs. Les habitants du centre-ville, notamment ceux du troisième âge, qui s’approvisionnaient ailleurs en fruits et légumes et viandes n’ont pas le choix. Il reste le plus proche. Quant à la qualité des produits, ils ne présentent pas une exception avec ceux proposés dans d’autres espaces commerciaux. Un tour devant les carreaux  des fruits et légumes donne une idée de la température des prix où la mercuriale a été revue à la hausse. A titre comparatif, les prix affichés dimanche dernier, comme la tomate cédée à 160 DA, ailleurs 120 DA, la pomme de terre 90 DA contre 75 DA, les haricots verts 350 DA,  la banane 400 DA, la fraise 400 DA. Les vendeurs occasionnels de diouls et autres herbes aromatiques sont omniprésents allant jusqu’à bloquer les issues des lieux et entraver le mouvement des personnes.
Une aura perdue
La particularité du plus vieux marché de Sétif, c’est qu’on est commerçant de père en fils, voire même du grand-père. Cheikh Mohamed Karma, 87 ans, est encore en activité dans sa petite boucherie spécialisée dans le commerce des abats. Il a passé toute sa vie entre les murs de cet édifice depuis sa construction et dont il connaît les moindres coins. C’est la mémoire vivante de cet espace commercial. «Avant la réalisation de cette bâtisse, j’étais tout jeune. J’avais à peine 20 ans. Je travaillais avec mon père dans le même commerce qu’aujourd’hui. Depuis, je ne l’ai plus quitté. Dans un premier temps, nous avons débuté dans des baraques de fortune en bois et en zinc, sur ce même emplacement qui était un terrain vague. Le marché était construit en charpente métallique couverte de tuiles rouges. Tout autour, c’étaient des terrains vagues servant de marchés hebdomadaires à bestiaux», se souvient-il. Mais depuis, le marché a perdu de son aura. Il y avait plus de 200 commerçants de fruits et légumes, des poissonniers, des bouchers. Il en  reste à peine la moitié. Autre figure emblématique de ce marché, Ali Belamri, retraité, 63 ans. «Je fréquentais les lieux depuis que j’étais gamin. Je venais avec mon père faire nos achats. Par la suite et dès ma sortie du travail, je venais y passer mon temps libre. J’aime beaucoup ce marché, ses senteurs, ses commerçants», raconte-t-il. Délaissé par l’APC, la propriétaire des lieux, il a presque  perdu sa raison d’être. La poissonnerie située en entresol a disparu. Elle a cédé la place à une décharge publique. L’hygiène laisse à désirer. A l’entrée de chaque porte, il y avait un tableau où quotidiennement on inscrivait la mercuriale. «C’est désolant, il a perdu de son charme et de son attrait. C’était un plaisir de venir faire ses courses», déplore Belamri. A maintes reprises, ce vieux marché a failli être rasé pour être remplacé par un quartier des affaires et à chaque fois, la décision est reportée à plus tard. Beaucoup s’opposent à cette idée, à commencer par les commerçants qui n’ont pas où aller. C’est aussi un monument dont l’histoire se confond avec celle de l’ancienne ville. Et comme tout monument, il tombe en désuétude.
Azzedine Tiouri