Licences d’importation : Plaidoyer pour leur remplacement par des commissions ad hoc

Pour limiter les quantités de produits importés, en fonction des besoins de l’économie nationale, les importateurs sont sommés d’avoir une licence d’importation. Un document qui établit le principe d’égalité entre les importateurs dont le nombre dépasse les 40.000.

La situation économique que traverse l’Algérie, après l’effondrement des prix du pétrole et la crise sanitaire, a poussé les autorités à revoir le processus d’importation et d’exportation. L’obligation d’avoir une licence pour tous les produits importés s’est ainsi imposée comme mesure administrative réglementaire visant à réduire la facture des importations, protéger la production nationale et encourager l’investissement. Il s’agit ainsi de faire la promotion des exportations en dehors du secteur des hydrocarbures, sachant que la loi de finances 2021 a introduit plusieurs mesures fiscales au profit des jeunes entrepreneurs et exportateurs. Le système des licences, qui a fait couler beaucoup d’encre, vise à mieux contrôler le marché des capitaux et mettre fin à la fuite des devises qui pèse lourdement sur le Trésor public. Si pour certains, ce dispositif va à l’encontre de l’économie du marché, pour les autorités, c’est une manière de préserver la balance des paiements et de développer les industries émergentes, tout en assurant la disponibilité des produits. Pour l’expert en économie Malek Laidouni, «le ministère du Commerce a tout à gagner en révisant la procédure d’importation, en mettant en place des commissions ad hoc ou en installant des autorités de régulation composées d’experts issus des différents secteurs qui sont en relation directe avec le commerce». C’est une manière, dit-il,
«d’imposer la transparence dans l’application de la réglementation et la législation en vigueur et mieux contrôler les pratiques commerciales. Le but étant de garantir le respect du libre jeu de la concurrence et la préservation des intérêts économique du pays». Pour
l’ex-cadre du ministère de l’Industrie, «les autorités compétentes doivent réfléchir à mettre en place des mécanismes à même de permettre à la population de s’approprier la politique économique et commerciale énoncée par le gouvernement». De l’avis de Laïdouni,
«les commissions ad hoc seront en mesure de trancher sur les agréments accordés aux opérateurs économiques, notamment dans le domaine du montage de véhicules», soulignant que «ce n’est pas au gouvernement de choisir les investisseurs ou les importateurs, lesquels n’ont d’autre choix que de se plier à la réglementation mise en place par les pouvoirs publics».
Selon l’économiste, «il est difficile de parler aujourd’hui de construction de véhicules au sens propre du terme en l’absence d’une base industrielle. Et puis, on ne peut pas imposer aux investisseurs un certain taux d’intégration, alors que nous n’avons pas un tissu de sous-traitants capables d’assurer les différentes pièces détachées». Il appelle, dans ce cadre, «à la mise en place d’une base industrielle, tout en définissant la liste des sous-traitants qui peuvent fabriquer les pièces automobiles en partenariat avec des opérateurs étrangers, aussi bien pour couvrir les besoins du marché national que pour exportater». «Une fois cette dynamique enclenchée, on peut entamer la construction de véhicules. Tous les pays ayant une industrie automobile ont commencé par la fabrication puis l’exportation de la pièce détachée», explique-t-il, ajoutant qu’«il aussi important de penser à créer des clusters industriels par métier, auxquels il faudrait ajouter des centres techniques».  Il serait, aujourd’hui, plus judicieux, indique-t-il,
d’«impliquer la communauté algérienne établie à l’étranger, dont pas moins de 200.000 personnes rentrent annuellement  au pays pour passer leurs vacances. «Elles peuvent être autorisées à faire rentrer des véhicules en s’acquittant des différentes taxes douanières. Ce qui devrait permettre aux autorités de réduire la facture des importation de voitures à travers les concessionnaires», assure-t-il.
Assia Boucetta