Hommage à Oukil Amar : «Chmandifir» est arrivé à sa dernière gare

Oukil Amar qui a interprété la célèbre chanson kabyle «Chamdifir v yerfen», messagère qui portait les nouvelles aux émigrés s’est éteint, en début de soirée de dimanche dernier, dans son village de Taghza  (commune de Bounouh) situé à 40 km au sud de Tizi Ouzou.

Il a été emporté par une longue maladie à l’âge de 89 ans à la suite d’un AVC contracté en 2012 qui l’avait contraint à garder le lit. Il a été enterré le lendemain en présence de nombreux artistes. Quelque peu ignoré des nouvelles générations son nom était très connu chez les anciens, notamment les émigrés. «Chmandifir», «Aman Uzaghar» ou «Taleb yaghran», «Inasimlayoun Taous» étaient  de grands succès dans les années 60. «Aqlaghnetsru» évoquait aussi la nostalgie du pays natal. L’artiste né en 1932 à Ath Smail dans la région de Boghni avait quitté le pays en 1956pour  s’installer en France où il côtoya beaucoup d’artistes comme Moh Saïd Oubelaïd, Oultach, Yahiatene, Sadaoui Amraoui; Missoum, Slimane Azem, H’sissen, Ahmed Wahbi, Saloua, Mustapha El Anqa, Mahmoud Aziz… Il enregistra son premier vinyle en 1959  chez Barclay où figure la célèbre  «Chmandifir». Parallèlement, il milita au sein de la Fédération de France pour l’indépendance et «Chmandifir» et «TeffeghChetwa d’Anebdu» lui valurent d’être interdit d’antenne de l’ORTF avec   Farid Ali. Ce dernier originaire de la région de Bounouh animait une émission en compagnie du grand chef d’orchestre Missoum. C’est le colonel Franco, officier de l’armée française, affecté à l’ORTF, qui avait estimé que les textes des chansons, notamment la première faisaient l’apologie de la révolution algérienne. «Aman Uzaghar» était explicite en décrivant les richesses d’un pays, d’une capitale à reconquérir et en annonçant les beaux jours. Après l’indépendance, Amar Oukil poursuivra son militantisme pour la reconnaissance de l’identité amazigh.
Rachid Hammoutène