Abdelkader Missoum, coordonnateur des écoles associées à l’Unesco : «L’enseignement de la logique et de l’algèbre a reculé»

Les mauvais résultats des élèves en mathématiques dans les trois niveaux d’enseignement mettent à nu les difficultés rencontrées par le système éducatif dans l’enseignement de cette matière.

Ce qui nécessite, selon le ministre de l’Education, la mise en place d’une nouvelle stratégie pour «promouvoir l’enseignement des maths et encourager les élèves à choisir leur branche, notamment à travers la mise en exergue de l’importance intellectuelle et méthodologique de cette matière, en organisant des concours, activant les clubs scientifiques et en créant des clubs de math».  Mohamed Ouadjaout fait, ainsi, savoir qu’une réflexion est lancée pour «reconsidérer la manière d’orienter les bacheliers, en donnant la priorité aux branches maths et maths techniques dans les spécialités universitaires, en coordination avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique». Le département de l’Education nationale a, dans ce cadre, installé le comité national des olympiades des mathématiques qui prendra en charge les élites dans le milieu scolaire. Selon Abdelkader Missoum, coordonnateur des écoles associées à l’Unesco, c’est une approche qui figure, depuis des années déjà, dans l’agenda du ministère de l’Education. D’ailleurs, rappelle-t-il, «nous avons créé un lycée de l’enseignement des mathématiques pour stimuler les élèves et prendre les meilleurs d’entre eux. Il s’agit de les former d’une façon très spécifique pour qu’ils puissent servir de modèles». S’agissant des raisons de cette régression, il affirme que «le système d’orientation du secteur de l’éducation peine à s’adapter aux besoins de l’enseignement actuel, sachant que nous n’avons plus d’enseignants avec les mêmes compétences que leurs prédécesseurs».
Manque de coordination
Pour Missoum, la création des compétences doit obéir à la logique du développement durable. Il fallait, donc, former des jeunes capables d’assurer la relève dès l’école primaire. Or, cette continuité dans le développement des ressources humaines fait défaut, d’où l’importance d’institutionnaliser un système de formation qui s’inscrit dans le temps». Il déplore, dans ce sillage, «le manque de coordination entre le ministère de l’Education et celui de l’Enseignement supérieur, qui n’est pas systématique et peu structurée». «Il ya eu un renouvellement du corps enseignant sans que celui-ci soit pris en charge par l’Enseignement supérieur, faute d’un cadre structurel», estime t-il. Il faut savoir, poursuit Missoum, qui est également formateur au niveau de l’Institut national de formation des cadres de l’éducation, qu’«outre le fait que certains enseignants sont recrutés avec un diplôme d’informaticien ou d’ingénieur et non de mathématicien, il y a le problème des programmes qui perdure depuis 2005». Dans le détail, il explique qu’«on est passé d’un système où les mathématiques étaient construites sur la base du raisonnement et de la logique à une matière construite sur l’intuition et les modèles de probabilité. L’enseignement de la logique et de l’algèbre a reculé et a fait que les élèves n’ont plus le bon sens des mathématiques». Il salue, dans ce cadre, les mesures prises par le ministre dont, précise-t-il, «le projet de l’école supérieure des mathématiques qui s’inscrit dans le prolongement du lycée des mathématiques afin de consacrer cette filière au niveau de l’enseignement supérieur, à l’image des centres d’excellence». «Il est important de voir ce projet se concrétiser après la régression qu’a connue cette matière qui reste fondamentale pour le développement intellectuel des élèves», soulignant
qu’«aujourd’hui, tout est mathématique, notamment avec la généralisation de la numérisation», ajoute-t-il. «C’est le développement des mathématiques qui a donné naissance à l’informatique et aux différentes technologies. La crise sanitaire elle-même est traitée de façon mathématique sur la base des statistiques collectées quotidiennement», fait-il remarquer.
«Lorsque les notions mathématiques sont mal enseignées et peu assimilées, il est difficile d’atteindre les objectifs escomptés en matière de développement», indique-t-il.
A la question de savoir si le lycée de l’enseignement des mathématiques inauguré en 2012 a réussi à promouvoir cette matière, il dira que «cet établissement, où sont scolarisés les meilleurs élèves à l’échelle nationale, a manqué de moyens. Il devait être converti en lycée international pour que ses élèves puissent passer le baccalauréat international. Ce projet existe dans la loi d’orientation qui a fait l’objet d’un décret».
Assia Boucetta