Remaniement ministériel : un choix pragmatique

La nouvelle équipe gouvernementale esttemporaire,ont estimé les observateurs de la scène pour qui tout se jouera à l’issue des prochaines élections législatives. Selon eux, Tebboune a choisi de maintenir la majorité des ministres tout en misant sur quelques secteurs névralgiques, étroitement liés à la vie quotidienne du citoyen.
Le politologue RedouaneBouhidel a d’abord rappelé que le changement du gouvernement relève des prérogatives exclusives du président de la République. «C’est lui seul qui peut évaluer les ministres en exercice, en fonction de leurs bilans techniques et politiques», précise-t-il. Le chef de l’Etat, a-t-il expliqué, s’est basé «sur le bilan de chacun, et ce, par rapport aux objectifs fixés initialement par le gouvernement et au programme et engagements pris dans le cadre de la campagne électorale». Bouhidel a tenu à rappeler que le premier magistrat du pays avait souligné qu’il n’était pas tout à fait satisfait du rendement de l’équipe gouvernementale. «Parmi les membres de l’Exécutif, il ne faut pas omettre que certains avaient usé de discours provocateurs. D’autres ont été remerciés en raison de leurs erreurs et populisme. Certes, on s’attendait à plus, mais la donne actuelle nous confirme qu’il est impossible de composer un nouveau gouvernement en raison de la prochaine tenue d’élections législatives. Les partis politiques refuseraient sans nul doute de se faire griller avec un passage au gouvernement qui ne durera pas plus de quatre mois. Le chef de l’Etat a donc opté pour le maintien de cet Exécutif technocrate en attendant d’opérer les grandes réformes politiques», explique Bouhidel, estimant que ce «choix est logique, voire pragmatique».
Le politologue a tenu à faire remarquer dans ce sillage que ce remaniement a été bien accueilli par les Algériens, notamment suite à l’éjection de quelques ministres qui n’auraient pas été à la hauteur des attentes. Il a affirmé que le «citoyen n’est intéressé que par ce qui porte les dispositions de nature à améliorer son vécu. Ce qui explique les choix faits par le Président qui a opté pour le changement des ministres de l’Industrie, de l’Energie, des Ressources en eau, du Tourisme, de l’Habitat, des Travaux publics et des Transports».Des secteurs qui comptent des projets structurants générateurs de richesse et d’emploi. Bouhidel est persuadé que la future APN enfantera une «nouvelle génération de ministres». Le politologue Ali Rebidj est aussi de cet avis. Selon lui, le remaniement ministériel traduit un engagement de Tebboune, avant son départ en Allemagne pour des soins médicaux. «Le Président détenait beaucoup de noms, des poids lourds, qui pouvaient appuyer son staff gouvernemental, mais en raison des élections législatives anticipées, il a préféré les garder pour le prochain gouvernement devant résulter de cette future échéance électorale», juge-t-il. Et de s’interroger : «Quel est l’intérêt à intégrer de nouvelles figures dans un gouvernement limité dans le temps ? Cela relèverait d’une aventure politique que ce soit pour le chef de l’Etat ou les ministres en question.» Pour Rebidj, le changement véritable du gouvernement n’interviendra qu’après les élections législatives.
Karima Alloun