I have a dream

La Journée internationale des travailleurs a été consacrée, à l’origine, pour revendiquer la réduction du temps de travail à 8 heures. Sans revenir à l’époque de l’esclavage, il fut un temps, en effet, où le travail régulier s’apparentait à celui du forçat. Une réalité qui a poussé d’ailleurs un certain Paul Lafargue (1884-1911) à rédiger un manifeste au titre expressif : «Le droit à la paresse» ! Aujourd’hui, le travail est souvent un privilège et les contingents de chômeurs, de tous âges, revendiquent plutôt le droit au travail. Satisfaire une telle demande reste toujours un challenge difficile pour les dirigeants politiques de tout pays, y compris les plus riches, qui connaissent également des moments de reflux. L’Algérie vit ainsi ces dernières années dans le creux de la vague et fait face, en réalité, à deux défis majeurs. Il lui faut, en effet, relancer sa machine économique pour créer ces indispensables emplois et aussitôt se préparer à l’inévitable destruction par obsolescence de milliers d’autres emplois générée par les transformations qu’imposent le déploiement actuel de nouvelles technologies. La mise en place d’un nouveau modèle économique prend nécessairement du temps, mais il faut impérativement et dès à présent se résoudre à en adopter un plus pertinent que celui encore en cours pour, déjà, sortir de l’ornière. A moins de vouloir tenter le diable, l’Algérie ne peut plus se permettre de tergiverser. La vie ne pouvant attendre indéfiniment, les jeunes tournent leur regard au-delà de la mer. Comme les conquistadors, ils rêvent d’un eldorado à conquérir, quitte à user de tous les moyens pour l’atteindre. Ce rêve d’exil hante les esprits de milliers d’Algériens, y compris et surtout quand ils sont bardés de compétences. Qu’importe si, pour la majorité d’entre eux, cet ailleurs sublimé n’existe nulle part, sinon dans leur imaginaire. Mais
peut-être n’est-ce juste que ce dont a besoin cette jeunesse, du rêve, pour faire éclater toute sa créativité ? N’est-ce pas ce qui a fait de l’Amérique ce qu’elle est aujourd’hui : donner du rêve à tous les laissés-pour-compte de la planète, mais aussi à tous les esprits audacieux, les iconoclastes et les novateurs incompris ? Même si tous les rêves ne sont pas permis, aurait pu dire Martin Luther King du fond de sa tombe. Le rêve donne en effet du sens à la vie et les rêveurs n’ont cure des difficultés, s’il existe ne serait-ce qu’une seule possibilité, ici ou ailleurs, de réaliser leurs destins. Le rêve se conjugue toutefois avec la liberté, une valeur qui donne de l’urticaire à certains qui trouvent pour cette raison un malin plaisir à verrouiller le destin national pour conjurer la peur qu’il échappe à leur contrôle. Vain effort, en réalité, car on n’arrête pas la marche de l’histoire. Mais peut-être, pour les rassurer, faut-il changer de langage et ne plus exiger plus de libertés, si ce mot les raidit, mais plutôt demander moins d’interdits. Et en premier de travailler librement dans son pays, dans l’intérêt de son pays.
O. M.