Cheikh Hammada, parfum de nostalgie

Dans la soirée de vendredi dernier, Amir Nebbache  a exhumé sur Canal Algérie un vieux film-documentaire de Hadj Ahmed Mansouri sur le chantre de la chanson bédouine, cheikh Hammada. Hormis pour des «puristes», son nom exhale un parfum de vieille histoire. Il évoque un monde en phase finale de disparition qui a emporté  les disques qui l’ont fait connaître et des rites collectifs. Les chants de Hammada avec un simple guellal et deux flûtes ne sont plus en vogue mais ils disent mieux que tout une époque, parce qu’ils surgissent d’un monde authentique où les invocations et les chants religieux faisaient bon ménage avec des poésies sur les tourments de l’amour et de la passion inassouvie comme dans sa célèbre «Ida hdakrabi ya yamina». Même les chanteurs comme Wahbi, Blaoui Houari et ceux  de Raï ont repris les vers de celui qui s’est ouvert à la poésie citadine qu’il a su adapter au genre dont il excellait. Cela explique notamment son amitié avec Hadj M’hamed El Anka. Bendamèche a rappelé que  le tournage du film de la station régionale d’Oran en 1986 avait pris des allures d’événement à Mostaganem, cette ville pétrie de culture. C’est un espace où se sont développées diverses expressions culturelles. On y apprécie le Chaabi, le théâtre, la peinture et le Melhoun au pays de Sidi Lakhdar Benkhelouf dont les poésies ont été chantées par de grands noms de la scène algérienne. C’était la première fois, presque vingt ans après la mort de l’artiste en 1968, à l’âge de 79 ans qu’on songea à évoquer sa vie et son parcours. Le film en trois parties est un mélange de témoignages d’amis qui l’ont connu et côtoyé et de scènes qui replongent dans l’Algérie coloniale, dont un jeune campagnard va découvrir la dureté dans les fermes où les colons faisaient suer le burnous des nôtres. Abdelkader Khaldi qui prête ses traits à son mentor ressuscite l’ambiance des soirées nocturnes faites d’amitiés et de complicité. On entend les témoignages d’Ould Abderahmane Kaki, de Maazouz Bouadjadj, de cheikh Djillali Aïn Tedles qui racontent des souvenirs liés à la vie de Hammada qui animait les fêtes, les waâdates dans cette région où les confréries religieuses sont vivaces. Le Bédoui lié intimement à la ruralité algérienne où la poésie avait ses lettres de noblesse a eu ses grands noms, à l’est ou à l’ouest du pays. Khelifi Ahmed fut désigné à l’âge de 26 ans chef d’orchestre du genre à la radio. Le film diffusé lors de «Ciné thémathique» a eu un enivrant parfum de nostalgie.         
H. Rachid