Port de Bouharoun : On ne voit pas le temps passer

Pour parvenir au port de pêche de Bouharoun, wilaya de Tipasa, en voiture depuis la RN11, qui fait office également d’avenue principale de la ville, il faut s’armer de patience, surtout les week-ends, comme c’était le cas le vendredi 18e jour du mois de Ramadhan.

Qu’on vienne depuis Tipasa ou d’Alger, et avant même d’entrer à Bouharoun, les véhicules avancent à petite cadence, notamment l’après-midi. Il faut dire que la ville est animée. Des deux côtés des trottoirs, des étals où sont exposées différentes sortes de poisson, de produits marinés, particulièrement l’anchois préparé suivant la spécialité locale, attirent clients et curieux. Quand bien même l’encombrement sur la grande rue semble infernal, il n’en demeure pas moins que l’impatience de ses usagers est atténuée par le mouvement résultant des activités commerciales et des scènes ramadhanesques si particulières qui meublent joliment la ville. Une ville où la majorité de ses familles a hérité l’amour de la mer et l’habileté à remonter ses trésors halieutiques de génération en génération. Avant de bifurquer vers le port en empruntant une ruelle avec une vue plongeante vers la Grande bleue, des gendarmes régulent la circulation, car à ce niveau de la grande rue, les véhicules surgissent visiblement de partout. Sans la présence des hommes en vert, ça sera tout bonnement une véritable pagaille, surtout à l’approche de la rupture du jeûne où chacun s’empresse à rentrer chez soi. De là et après quelques dizaines de mètres, on arrive au grand portail qui fait office d’entrée principale au port, qui est, à juste titre, l’une des plus grandes structures portuaires du pays. Pour  y accéder, il faut patienter encore une ultime fois derrière une succession de véhicules, au moment où des piétons franchissent en nombre une porte attenante au grand portail. Une fois les 100 DA de droit d’accès sont déboursés, il faut trouver une place de stationnement de libre à l’intérieur. En ce vendredi, cela relève d’une énième corvée, tant les aires réservées au parking semblent remplies. Il est 17h30, l’affluence dans le port est a priori à son paroxysme. Des familles, des groupes d’amis, venus pour nombre d’entre eux des wilayas limitrophes et d’autres villes de Tipasa, tentent de négocier les meilleurs produits à des prix plus ou moins raisonnables. «A force que l’heure de la rupture du jeûne approche, on peut dénicher du poisson à de bons prix. Qui ne tente rien n’a rien» confie un père de famille d’Alger. Cette technique n’est pas à tous les coups efficaces. Et pour cause, le poisson est cédé ces jours-ci à des prix forts. «La cause de la cherté du poisson est dans sa rareté» avoue Lyes Hamou, un jeune de Bouharoun, modérateur d’une page sur les réseaux sociaux, suivie par pas moins de 207.000 abonnés. Dynamique, il réalise des vidéos en direct quotidiennement depuis le port. Partagés et suivis de partout et même de l’étranger, ses vidéos ne se limitent pas à faire découvrir à ses Followers les prix du poisson en temps réel, mais aussi à mettre en garde le consommateur contre d’éventuelles pratiques véreuses de quelques vendeurs de poisson qui peuvent faire passer une espèce de poisson vendue ordinairement à des prix ne dépassant pas les 700 DA le kilogramme pour une espèce communément appelée noble, tel que le rouget, la dorade et autres poissons dont les prix atteignent, voire dépassent les 1500 DA. «Dieu merci, ces pratiques ont grandement reculé, grâce aux véritables poissonniers du port et à la sensibilisation que nous menons quotidiennement» souligne Lyes Hamou. Et d’ajouter : «Il y a trois ans de cela, le port n’attirait pas les foules des grands jours. L’année dernière et cette année, les choses ont évolué et comme vous le constatez, les étals sont assaillis par les clients. La sécurité règne ici. Sans exagération, notre port commence à redorer son blason d’antan et c’est tant mieux pour nous autres, les enfants de Bouharoun ».
Une gastronomie locale à découvrir
L’esplanade du port grouille de monde et pourtant l’heure indique 18h. Au quai, des chalutiers, sardiniers et autres bateaux de pêche forment à vrai dire un seul corps, tant les espaces qui les séparent sont très réduits. «Durant le Ramadhan, l’activité commence à s’intensifier à partir de 14h et se prolonge jusqu’à 19h surtout les week-ends» remarque un vendeur de poisson. Sur ses étals, toutes sortes de poisson frais y sont exposées. Toutefois leurs prix sont chers. C’est la loi de l’offre et de la demande dit-on ici. La crevette royale est taxée à 5.000 DA le kilogramme, alors que le thon rouge, dont seulement trois pièces ont été pêchées ce jour-là, est revendu entre 1.700 et 1.800 DA le kilogramme. «Le poisson se fait malheureusement de plus en plus rare. J’essaye à chaque fois de m’imposer des petites marges bénéficiaires pour que ma clientèle puisse en profiter, surtout en ce mois de clémence» affirme un des poissonniers. La vente du poisson n’est pas la seule activité dans le port. De plus en plus, des cuisiniers spécialisés dans la préparation de poisson y proposent des mets alléchants. De la paella à la salade de poulpe, en passant par le bourek farci aux crevettes, merlan, rouget, à la soupe de crevette et de poisson et autres différents plats à base de poisson et de crustacés en sauce ou grillés, on y trouve de tout. Une succession de tables, richement garnies, invite les clients à s’initier à la gastronomie locale. Avec une toque bien vissée sur la tête, un masque de protection et des mains enfouies dans des gants, les cuisiniers préparent in situ leurs recettes qui a priori ne laissent personne indifférent. La concurrence est manifestement rude, mais les commandes pleuvent. «Cette année, on a plus de tables que le Ramadhan dernier. C’est une activité en expansion qui concourt à la bonne réputation de notre port» affirme Lyes Hamou. A 19h10, le parking du port est déjà presque vide. Le temps passe vite à Bouharoun surtout en ce mois de Ramadhan.
Amirouche Lebbal