Tentative d’assassinat du ministre libyen de l’Intérieur : large condamnation internationale

La tentative  d’assassinat du ministre de l’Intérieur libyen, Fathi Bashagha, dimanche dernierdans la capitale Tripoli, a vivement été condamnée par la communauté internationale.

«L’émissaire pour la Libye, Jan Kubis,condamne et exprime sa profonde inquiétude face au grave incident de sécurité au cours duquel le ministre  de l’Intérieur Fathi Bashagha a été pris pour cible», a tweeté la Mission  d’appui des Nations unies en Libye (Manul).

«De tels actes imprudents constituent des menaces pour la stabilité et la sécurité, et visent à faire dérailler le processus politique ainsi que d’autres efforts de soutien à la Libye et à son peuple», a-t-elle ajouté.

Kubis a, pour sa part, appelé à une enquête complète, rapide et transparente sur l’incident «qui prouve une fois de plus combien il est  important de garder toutes les armes uniquement dans les mains des  autorités légitimes».

«Cet acte odieux ne doit pas affecter le processus politique en cours», a pour sa part  commenté l’ambassadeur de l’Union européenne pour la Libye, Jose Sabadell. L’Italie a appelé «tous les acteurs libyens à s’abstenir de toute action compromettant la stabilisation de la Libye».

«La France condamne l’attaque contre le ministre Fathi Bashagha et souhaite un prompt rétablissement à son personnel touché», a tweeté son ambassade en Libye, délocalisée à Tunis.

L’ambassadeur des Etats-Unis, Richard Norland, avait auparavant affirmé dans un entretien téléphonique avec le ministre «le soutien complet» de son  pays aux efforts de Bashagha pour «mettre un terme à l’influence des milices».

  1. Bashagha a survécu à la tentative d’assassinat de dimanche dernier, lorsque des hommes armés ont ouvert le feu sur son convoi à l’ouest de Tripoli, a indiqué le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. Il revenait d’une visite au siège d’une nouvelle unité de sécurité qui dépend de son ministère.

Les gardes du corps du ministre ont riposté, tuant l’un des tireurs et en capturant deux autres, tandis qu’un blessé est à déplorer du côté des agents de protection, a précisé le ministère.

Bashagha fait partie du Gouvernement d’union nationale (GNA) sortant de Fayez al-Sarraj, basé à Tripoli et reconnu par l’ONU. Il était fortement pressenti pour le poste de Premier ministre par intérim, finalement revenu le 5 février à Abdel Hamid Dbeibah, dans le cadre d’un processus politique parrainé par l’ONU.

Désigné en 2018 ministre de l’Intérieur, ce cacique de 58 ans a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Il mène aussi une campagne  pour réduire l’influence des milices qui résistent à l’autorité de l’Etat,  offrant notamment des stages de formation aux miliciens ayant accepté  d’intégrer les forces de l’ordre.

Dix ans après le soulèvement qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, deux autorités rivales se disputent le pouvoir en Libye sur fond d’ingérences étrangères. Le GNA à Tripoli et des autorités parallèles dans l’Est liées à l’homme fort Khalifa Haftar.

Le 23 octobre, les deux camps ont signé un cessez-le-feu permanent avec  «effet immédiat», après des discussions à Genève sous l’égide de l’ONU. Et le 5 février, outre le Premier ministre par intérim, un Conseil présidentiel  transitoire a été désigné dans l’attente d’élections annoncées pour décembre. Mais la tentative d’assassinat est venue rappeler que la situation sécuritaire reste précaire.