Législatives 2021 : Le boycott sans grand effet, selon des politologues

Après le RCD, le PT, le PST, l’UCP, le FFS a rejoint la liste de ceux qui envisagent le boycott du rendez-vous électoral du 12 juin prochain. De quel poids vont-ils peser ?

Ces  partis déplorent, d’une part, «l’absence de  conditions favorables à la tenue d’un scrutin propre et transparent» et justifient leur position par leur soutien au hirak. Interrogé sur le boycott prôné par les partis dits «démocratiques ou progressistes», le politologue Mohamed Taïbi rappelle que des décennies durant, le jeu politique a été malsain. «D’une façon ou d’une autre, les dirigeants de ces formations ont contribué au  maintien du statu quo en Algérie. Le choix de rester dans la rue avec les hirakistes ne fera pas oublier leur complaisance envers l’ancien régime. Par cette décision, ils veulent séduire une partie de la population et élargir leur base», explique-t-il.
Le  professeur à la faculté des sciences politiques et relations internationales (Alger 3), Idriss Attia, fait remarquer que les députés de ces partis n’ont pas daigné démissionner quand le hirak dénonçait la composante des assemblées, qualifiée de corrompue  et d’affairiste.
«Nous ne pouvons pas jouer sur deux tableaux tout le temps. A un moment donné, il faut choisir son camp. Les députés de certains de ces partis ont continué à siéger au Parlement et à percevoir leurs indemnités tout en s’exhibant à la Grande-Poste. Mais cela n’a pas échappé aux manifestants et à tout le peuple qui ne leur accordent aucun crédit», soutient-il. Et d’asséner que «la confiance à un prix».
Exclus du nouveau paysage politique
Pour Taïbi, les législatives peuvent ne pas être la solution à la crise politique qui prévaut dans le pays, notamment avec la reprise des manifestations populaires, mais le recours au dialogue représente une voie pour instaurer un climat apaisé. «Ces partis se sont exclus de la nouvelle cartographie politique en optant pour une sortie du jeu électoral», proclame-t-il.
 Tout aussi catégorique, Attia insiste sur le faible impact du boycott sur le déroulement de l’élection et la configuration de la prochaine APN. «Les garanties offertes par les pouvoirs publics, notamment le nouveau code électoral, ont suscité l’engouement des jeunes qui constituent des listes indépendantes», affirme-t-il. «Le front du boycott n’aura pas un impact sur le taux de participation du fait de la nature même de ce rendez-vous électoral», prévoit-il.
L’ancien député du Front Al Moustakbal, Youcef Kébouche, soutient que les amendements au code électoral vont donner un coup de pouce aux listes indépendantes. «L’obligation de l’équité homme-femme et un pourcentage de jeunes diplômés renforcent aussi les chances de ces derniers. Le  soutien financier de l’Etat dans la campagne électorale aux jeunes donne un avant-goût de ce que sera le nouveau paysage politique», renchérit-il. Toutefois, il ne manque pas de mettre l’accent sur le manque d’expérience des jeunes. «Etre médecin ou architecte ne signifie pas être un homme politique. La pratique de la politique s’acquiert au fil du temps», dit-il. Il craint de voir ces jeunes sans formation ni expérience au sein d’un parti passer à côté des questions cruciales pour l’avenir du pays.
Taïbi soutient que la prochaine composante de l’APN ne répondra à aucune norme. «Le retrait des progressistes, le rejet des partis de la majorité de Bouteflika, l’offensive des islamistes et l’engouement pour les listes indépendantes sont des éléments d’analyse pour se construire une configuration de l’APN à venir, mais sans plus», analyse-t-il.
Enfin, Attia met en garde contre les pratiques de l’ancien système s’agissant de la confection des listes et de l’introduction de l’argent sale dans la politique. «Des  députés qui ont siégé durant 2 ou 3 mandats au Parlement ont inscrit sur des listes indépendantes leurs enfants avec le soutien d’hommes d’affaires dont les intérêts seront sûrement préservés», affirme-t-il. Pour lui, «l’Anie et les autorités publiques doivent enquêter sur ces manœuvres malveillantes qui jettent le doute sur la crédibilité du processus électoral». «Ce n’est pas le front du boycott qui fragilisera l’élection de la  prochaine APN», lâche-t-il en conclusion.
Karima Dehiles