Marathon de prière

Le Ramadhan entame son dernier tiers. Même si c’est la passe la plus ardue à traverser, cela revigore les jeûneurs qui sentent proche la fin de l’épreuve dont ils sortiront certainement plus forts spirituellement pour poursuivre leur chemin de foi, mais fourbus par le poids de la vie chère. En attendant, ils raclent les fonds de poche pour rassembler les indispensables ingrédients à la fabrication des gâteaux de l’Aïd el Fitr et acheter des habits neufs pour leur exigeante et intransigeante progéniture, sans oublier de se sustenter ces ultimes jours de jeûne. Les promesses de jours meilleurs n’ont pas de prise quand elles ne sont pas nourrit de l’effort qui les accouchera de leur succulent fruit. N’est-il pas triste d’être contraint à poursuivre l’exil sur un rafiot et achever sa vie en nourriture pour les poissons ? C’est triste de représenter l’espoir du pays et être quotidiennement poussé par un vent mauvais vers les rivages de la désespérance, triste d’inventer le futur et d’être constamment refoulé et vivre dans un passé coincé dans une impasse. Mais mourir pour un misérable sachet de lait est d’une absurdité inacceptable, comme est insensé de subitement se retrouver dans la peau d’un meurtrier à cause de règles commerciales dévoyées. La pandémie de Covid-19 a révélé que nous vivons en fait une triste époque. Des milliers de vies ont été perdues parce que des dirigeants politiques ont refusé de croire qu’un virus pouvait faire autant de mal. Des pays riches et puissants ont accaparé les vaccins, laissant les pauvres à leur malheur après avoir cru en un illusoire covax. Le pape, sa confiance déçue par les faiseurs du monde et les fabricants de solutions en tous genres, s’est résolu à s’en remettre à Dieu et a organisé un marathon de prières, durant tout le mois de mai, pour que la Covid-19 et ses petits mutants perdent de leur virulence et permettent enfin à l’humanité de respirer sans masque de protection ni masque à oxygène. La Basilique de Notre Dame d’Afrique participe, avec trente autres sanctuaires à travers le monde, à ce cri universel appelant à la rescousse la miséricorde divine. Notre ministre des Affaires religieuses lui aussi, comme il recourt à la prière de l’istisqa les jours de sécheresse, serait peut-être inspiré de prendre exemple sur le pape et d’appeler à une prière exceptionnelle pour que les Algériens ne gâchent plus, ne perdent plus leurs vies pour d’absurdes raisons. Aussi, rendons hommage à tous ceux qui, ce Ramadhan et le reste de l’année, s’évertuent à dérider les fronts froncés et éclairer d’un sourire angélique les visages des enfants que l’égoïsme catégoriel, dans ses accointances politiques, prive de leur verre de lait. Ils sont des milliers d’anonymes, mus par leur seule foi, à donner quotidiennement à travers leurs actions caritatives, et grâce à de nombreuses et généreuses âmes, un sens à la responsabilité, à l’engagement solidaire en ces moments difficiles où pullulent les tentatives de jeter à bas la dignité humaine.
O. M.