Le café d’El Djezoua (Chelghoum Laïd), une saveur particulière pour les jeûneurs

Pour de nombreux jeûneurs, natifs de Chelghoum Laïd (Sud de Mila), le mois de Ramadhan se conjugue quotidiennement avec la saveur particulière du café d’El Djezoua, compagnon traditionnel et attitré de l’Iftar durant ce mois sacré.

Situé en plein centre-ville de Chelghoum Laïd, le café de Tayeb Benmansour, spécialisé dans la préparation du café d’El Djezoua ne désemplit point et les clients y affluent dès la rupture du jeûne pour savourer cette boisson bien chaude dont le secret réside dans la manière traditionnelle avec laquelle il est préparé par le maître des lieux. Pour ce sexagénaire qui affirme avoir passé plusieurs décennies aux côtés de son père à préparer le café d’El Djezoua, considère que son goût particulier, très apprécié par les clients, est lié exclusivement à la méthode toute simple de le concocter. «Contrairement aux cafés modernes, la préparation du café d’El Djezoua commence avant tout par le choix des grains de café qui ne sont pas totalement moulus mais seulement concassés», explique savamment ce cafetier, faisant savoir que «l’eau est bouillie sur de la braise pour être ensuite versée sur le café et le sucre dans un récipient spécial fabriqué en cuivre appelé El Djezoua, avant de mettre le tout à bouillir puis le servir aux clients». Et de poursuivre : «Le goût du café d’El Djezoua diffère de celui de la machine à café et c’est justement cela qu’apprécient les adeptes de ce café authentique qui viennent même en dehors de la ville de Chelghoum Laïd pour en consommer ou encore boire des infusions à base de zaâtar et Khoulendjène (Galanga), localement appelé El Khoundjlène ou meskendjbir (Gingembre)». Malgré l’existence d’une multitude de cafés somptueusement décorés, proposant du café et diverses boissons, le café d’El Djezoua conserve sa place auprès d’une clientèle fidèle, souligne Benmansour, qui exploite ce café ouvert par son père en 1945, pérennisant ainsi une tradition léguée par son père. Selon Djalal, fils de Tayeb Benmansour, ce métier est un héritage familial qu’il entend, à son tour, préserver, puis léguer à sa progéniture de sorte à assurer la continuité de sa préparation de manière traditionnelle. Ce café tient, en outre, à conserver l’image d’un endroit populaire au décor sobre et simple, où se rencontrent des citoyens de toutes les catégories sociales autour d’un café délicat à la saveur particulière, a indiqué Djalal.Fidèle habitué des lieux, Abdelaali, ancien élu à l’Assemblée populaire communale (APC) de Chelghoum Laïd, a souligné «la saveur particulière de ce café qui régule l’humeur et dont on ne peut se passer après une journée de jeûne», assurant que «contrairement aux autres types de cafés, celui-ci ne m’occasionne aucun souci d’ordre digestif».
Un pan du patrimoine de la ville
Egalement propriétaire d’un café, Ramdhane consomme quotidiennement une tasse de café d’El Djezoua chez Tayeb Benmansour car, dit-il, il trouve en ce lieu «quelque chose qu’on ne trouve nulle part ailleurs». «Ce café est une marque caractéristique de la ville de Chelghoum Laïd et un pan de son patrimoine», précise-t-il, révélant que c’est aussi un lieu où il aime recevoir des hôtes pour leur faire connaître l’histoire de la ville à travers ce café authentique. Pour Ferhat, imam et retraité du secteur de l’éducation, ce café est un espace de rencontres au sein duquel des relations sont nées et ont prospéré entre adeptes du café d’El Djezoua. «Les commerçants et les clients du marché hebdomadaire de Chelghoum Laïd, tenu tous les jeudis, fréquentent ce café chargé d’histoire et font connaissance avec les autres clients au point de tisser de profondes amitiés, en plus de multiples opportunités d’affaires», souligne Ferhat.