Journée mondiale de la liberté de la presse : La déontologie à l’épreuve

 

La presse a joué un rôle prépondérant dans la promotion de la liberté d’expression, la consolidation des principes démocratiques et la formation de l’opinion publique algérienne.

Si la liberté de la presse signifie, aujourd’hui, la levée de tous les obstacles auxquels se heurte le flux médiatique, celle-ci doit, en contrepartie, garantir aux lecteurs un produit objectif et impartial dans le respect des droits de toutes les parties. Une information basée sur des faits et tirée d’une source fiable contribue nécessairement à établir une relation de confiance entre la corporation et les institutions étatiques. Et créer par voie de conséquence un haut niveau de conscience politique et sociale. Loin de cet idéal, certains médias ne cessent par leur perception, leur méthode de travail et même leurs objectifs de violer cette éthique professionnelle profitant des textes de loi souvent vagues et généraux en termes de définition de l’erreur professionnelle. Jusqu’à un passé récent, la relation de la presse avec le pouvoir politique était ainsi imprégnée d’un caractère spécial oscillant entre une ouverture prudente et des crises récurrentes.

La Constitution de 2020 vient, dans ce cadre, mettre fin à ce dysfonctionnement en définissant le champ de cette liberté. L’article 52 de la nouvelle Loi fondamentale stipule que «la liberté d’expression est garantie» et que le journaliste a le droit «d’accéder aux sources d’information dans le respect de la loi, le droit à la protection de son indépendance et du secret professionnel, à fonder des journaux et toute autre publication sur simple déclaration», peut-on lire dans l’article 54. Le journaliste a, au vu de ce même article, «le droit de diffuser des informations, des idées, des images et des opinions dans le cadre de la loi et du respect des constantes et des valeurs religieuses, morales et culturelles de la nation».

Le texte précise, par ailleurs, que la liberté de la presse «ne peut être utilisée pour attenter à la dignité, aux libertés et aux droits d’autrui. La diffusion de tout discours discriminatoire et haineux est prohibée», indiquant, toutefois, que «le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté et que l’activité des journaux, des publications, des chaînes télévisuelles et radiophoniques et des sites et journaux électroniques ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice».

                                Revoir la notion du service public

Le directeur du journal «La Nouvelle République» estime, dans une déclaration à l’APS, que «les médias algériens avaient bien démarré leur aventure du pluralisme médiatique, fruit d’une longue lutte», mais actuellement, il nous faut une véritable politique pour le secteur. Pour Abdelwahab Djakoun, «la sauvegarde des acquis liés à la presse écrite qui constitue l’un des garants de la crédibilité de ce secteur passe par l’adoption d’une approche associant les professionnels du secteur pour assurer les missions de service public et la moralisation de la vie publique», ajoutant que «la véritable démocratie est assurée par une presse libre, laquelle a besoin d’une aide de l’Etat». Il plaide «pour l’ouverture d’un vrai débat devant permettre de tracer les perspectives des médias en Algérie». Il faut, dit-il, «discuter du statut de la presse et revoir son fonctionnement, en mettant en place un nouveau modèle économique et médiatique assurant les missions nobles de service public».  Laïd Zeghlami, spécialiste des médias, abonde dans le même sens. «La prolifération des chaînes de télévision et des sites électroniques ne doit pas occulter les questions du contenu et de la qualité de l’information qui se pose avec acuité», a-t-il souligné à l’APS. Aujourd’hui, fait-il remarquer, «il y a l’émergence de médias sociaux dont la popularité prend de l’ampleur, alors que le contenu manque de crédibilité et de véracité, ce qui pose un problème d’éthique et de déontologie». Il propose, au vu de cette situation, «de revoir de fond en comble les normes, les critères et les notions du service public à travers l’actualisation et la mise à niveau du cahier des charges destiné à ces médias pour l’adapter aux exigences de l’heure à la lumière du contexte de globalisation et de numérisation que connaît le secteur». Selon le même spécialiste, il ya une nécessité «de mettre en place des autorités indépendantes de régulation qui camperont un rôle d’arbitre». Il affirme, sur un autre plan, que «la presse électronique a besoin d’une réorganisation avec l’édification de plateformes algériennes et d’un contenu local en vue de sauvegarder et préserver notre souveraineté numérique».

Assia Boucetta