Abdelatif Kerzabi, professeur en sciences économiques : «Il faut plus qu’une bonification de crédits pour aider les entreprises»

Un projet de décret exécutif a été examiné dernièrement par le gouvernement portant sur le maintien de la bonification du taux d’intérêt des crédits accordés aux entreprises et aux particuliers en difficulté à cause de la pandémie de la Covid-19, et ce, jusqu’au 30 juin prochain. Dans cet entretien, le professeur en sciences économiques, Abdelatif Kerzabi, estime que même si cette solution reflète la volonté des pouvoirs publics de soutenir les entreprises en cette période de crise, elle est loin d’être idéale pour faire face à la baisse brutale des ventes et à l’augmentation des coûts, occasionnées par la crise sanitaire.

La bonification des crédits est-elle la solution idéale pour soutenir les entreprises en difficulté en cette période de crise sanitaire ?
La bonification du taux d’intérêt des crédits accordés par les banques en faveur des entreprises en difficulté à cause de la pandémie de la Covid-19 traduit la volonté de l’Etat à les accompagner. Mais est-ce la solution idéale ? Je ne le pense pas, car les effets négatifs de la pandémie sur l’entreprise sont trop importants. Parmi ceux-ci, la baisse des ventes et l’augmentation des coûts. Je pense qu’une évaluation plus exhaustive de tous les impacts de la pandémie sur les entreprises aurait révélé des dégâts plus importants. Par ailleurs, sans la concertation et l’association de la partie concernée, à savoir les entreprises, aucune solution ne peut être efficace à 100%. Puisque ce sont les entreprises qui ressentent l’impact de cette crise sanitaire, c’est à elles de proposer des solutions à leurs propres difficultés.
La bonification des crédits contribue-t-elle de façon efficiente à la bonne santé financière de ces entreprises ?
J’en doute. Je pense que le coûts de la pandémie est nettement supérieur à ce que peut rapporter la bonification des crédits. C’est pour cette raison qu’on peut dire que cette bonification est juste un allègement des charges que supportent les entreprises. Elle n’a pas réellement beaucoup d’incidences sur les difficultés des entreprises.
Mis à part cette solution, quels autres mécanismes de soutien que pourraient concéder les pouvoirs publics à ces entités économiques en cette période de crise sanitaire pour qu’elles puissent maintenir leur croissance ?
Toutes nos entreprises, en raison de leur petite taille, connaissent des problèmes de croissance. Plus une entreprise est petite,  plus elle est vulnérable aux chocs externes. De ce fait, il s’agit d’aider les entreprises à passer de la très petite taille vers la taille moyenne. La crise sanitaire a révélé la fragilité de nos entreprises. Un bon nombre d’entre elles n’ont pas supporté le choc de la pandémie et ont carrément mis la clef sous le paillasson. De ce fait, je crois qu’il est impératif de changer carrément de vision en matière de financement des entreprises. Il faut, à mon sens, engager plus les banques dans le financement des entreprises, et ce, en les associant à travers la reconversion des dettes  en prise de participation au capital. On ne peut plus permettre aux banques de ne s’engager dans le financement de l’économie nationale que s’il n’y a pas trop de risque et de chercher coûte que coûte à gagner beaucoup d’argent alors que la plupart des entreprises  sont en difficulté.  Actuellement, il faut le dire, nos banques gagnent ce que les autres agents économiques perdent. Nous avons des entreprises qui participent à la croissance des banques, en raison des charges financières importantes qu’elles sont obligées de leur payer. C’est une situation anormale qu’il faudra corriger. La norme dit que ce sont les banques qui sont tenues d’accompagner les entreprises, surtout en difficulté, dans leur croissance et non le contraire.
F.B.