Législatives 2021 : Candidats indépendants, ces «intrus» qui bousculent l’ordre établi

Les élections législatives du 12 juin prochain ne seront pas comme les autres de l’avis de nombreux observateurs. L’émergence en force de candidats indépendants est une nouvelle donne politique qui n’a jamais été constatée lors des précédents scrutins.

Cela suscite des questionnements et même des appréhensions. Les partis affirment que rien ne peut remplacer la classe politique et les candidats indépendants croient en leur capacité à incarner le véritable changement. Qui des deux aura la cote au sein de la future Assemblée et qui composera la prochaine majorité parlementaire ?  Le politologue Redouane Bouhidel est convaincu que ces législatives seront porteuses de beaucoup de nouveautés. Elles conduiront assurément, d’après lui, à «une métamorphose politique». Il explique que la nouvelle loi électorale «a fait la différence cette fois-ci compte tenu des nouveautés qu’elle renferme encourageant les jeunes et les listes indépendantes». Il affirme que les formations politiques sont dans la décadence la plus absolue et pour preuve «beaucoup de leurs militants ont choisi cette fois-ci de se départir de leur appartenance partisane et se présenter en candidats indépendants». Pis encore, il fait savoir que des partis ont sollicité des jeunes qui n’ont jamais milité au sein de leurs rangs pour intégrer leurs listes électorales. C’est dire que «les anciennes figures n’ont plus aucune chance surtout que le hirak a exigé leur bannissement définitif», ajoute Bouhidel. Cependant, notre interlocuteur certifie qu’à l’issue de ces élections législatives, l’Assemblée sera meublée par presque 40% d’indépendants. Ils seront en nombre important mais ne pourront pas constituer une majorité parlementaire car ils auront des ambitions individuelles, juge-t-il. A ses dires, le changement sera au rendez-vous à travers l’instauration d’une nouvelle carte politique.
Les partis optimistes
Du côté des partis politiques, ils affirment que leurs chances demeurent intactes lors de ces joutes électorales. Fatma-Zohra Zerouati, présidente du parti TAJ, se veut pragmatique en disant que «le but recherché par l’encouragement des indépendants n’est autre que de rafraîchir la scène politique». «Une crise politique ne peut avoir qu’une solution politique. C’est un bon signe dans la mesure où la société, par toute sa composante, commence à s’intéresser aux élections. Beaucoup d’universitaires et de jeunes ont décidé d’adhérer à ce processus électoral. C’est un indicateur positif qui laisse présager que cette classe politique peut être relayée par une nouvelle génération d’élus. Les indépendants ont existé dans l’ancienne Assemblée mais ils ont finalement décidé de constituer un parti politique pour continuer leur combat. Cette nouvelle vague d’indépendants doit être mise à profit pour consolider la scène politique. Si elle peut faire remonter la barre de l’électorat pour ces élections législatives qui ont toujours connu un faible taux de participation, je pense que demain on aura des projets de nouveaux partis politiques», préconise Zerouati. Selon elle, la classe politique ne peut pas être composée uniquement de partis. L’émergence des indépendants confirme que «les choses commencent à bouger». La présidente de TAJ affirme que l’Etat a besoin d’une classe politique très forte pour pouvoir faire l’équilibre au sein du nouveau Parlement qui doit refléter la sortie de la crise. Pour elle, même si les indépendants constituent la majorité, ils restent des individus ayant des convictions différentes.
Les indépendants sans projets politiques ?
Nacer Hamdadouche, ancien député, cadre au sein du MSP, explique que la société civile a été encouragée et le seul moyen qui lui permettra de gagner du terrain est la liste indépendante. Le nouveau mode de scrutin basé sur les listes ouvertes a aussi consolidé ce choix. «Ces nouvelles dispositions ont attisé les appétits et ouvert la voie devant l’ensemble des catégories du peuple. La candidature à travers les partis est difficile car elle tient compte de l’ancienneté et des années de militantisme. Les listes indépendantes ont, donc, absorbé ces jeunes en manque d’ancrage politique. La prochaine Assemblée sera, de ce fait, un cocktail. Ce qui va l’affaiblir et empêcher la constitution d’un gouvernement représentatif. Les listes indépendantes n’ont pas de projets politiques. Leur émergence en force majoritaire n’est pas un signe de bonne santé. La démocratie se construit par ces moyens naturels qui sont les partis politiques», observe Hamdadouche en confirmant que les partis ont de l’expérience politique et garderont leur place lors du prochain scrutin. Tahar Benbaïbeche, président du parti El Fadjr El Djadid, confirme, pour sa part, qu’il est impossible que la majorité soit composée par les listes indépendantes. Cela induirait, d’après lui, un déséquilibre important dans la gestion de la prochaine Assemblée. D’après lui, le problème n’est pas dans les partis politiques mais dans les facilitations accordées à ces indépendants. Ce qui leur a permis d’investir la scène et de se présenter en force pour ce scrutin. Il affirme que les conséquences ne seront pas tel qu’attendues par les initiateurs de ce changement. La majorité sera détenue par les partis politiques, assure-t-il.
Karima Alloun