Naâma : Etre berger durant le jeûne…

Etre berger à Naâma signifie une quête perpétuelle d’un pâturage pour le troupeau et d’un point d’eau pour étancher sa soif. Une tâche pénible durant le mois de Ramadhan en raison des longues distances à parcourir, souvent sous un soleil ardent et dans un environnement ingrat.

Les habitants des étendues steppiques de Sfisifa, Aïn Benkhelil, Kasdir et autres zones de pacage de Naâma pratiquent le métier d’éleveur dans cette wilaya qui dispose d’un cheptel de près de 2 millions de têtes. Le quotidien du pasteur est toutefois ponctué par des conditions météorologiques plutôt difficiles durant le mois sacré. Bousmaha a choisi de planter sa tente au milieu des Hauts-Plateaux, dans la zone de «Massif» à l’est de Naâma. Il explique que le métier de berger durant le mois de Ramadhan est «un défi constant contre la nature et le climat, car cela demande de la patience, une forte volonté et de la présence pour pouvoir observer le jeûne dans les meilleures conditions possibles».
Il estime «difficile de supporter les conditions de travail, eu égard notamment aux violentes tempêtes de sable qui, souvent, redoublent en puissance à la fin du printemps et au début de l’été, période de transhumance pour chercher de meilleurs pâturages», ajoutant que «la vie pastorale, en ce mois de Ramadhan est pénible et vous donne le sentiment de lassitude et de fatigue».
Miloud, âgé de 27 ans, est l’un des plus jeunes éleveurs de la région de «Roudassa», près de Méchéria. Il a bénéficié de l’aide de l’Etat pour créer des unités de production d’élevage en zone rurale. Il estime qu’avec le jeûne et les rudes conditions naturelles, la concentration diminue. Le berger doit rester vigilant face aux risques qui le guettent, comme les piqures de scorpions et les morsures de serpents et autres. Bouhafs, quinquagénaire, se déplace quotidiennement avec ses troupeaux en compagnie de son frère, à travers les zones de pacage, notamment dans la région «Sedrat Laghzal», dans les environs de Naâma, une sortie pour faire nourrir son élevage.
La tête voilée d’un chèche pour se protéger des brulures du soleil. Il porte toujours sur lui une petite radio, un gourdin et une guesba (flûte) qu’il use, à ses temps perdus, pour rompre avec la morosité quotidienne. Pour lui, c’est un moment prompt pour se déstresser. Bouhafs relate son quotidien: «Durant le mois de Ramadhan, je commence mon travail immédiatement après la prière d’El Fadjr. Mon travail se poursuit sans arrêt jusqu’à l’approche du coucher du soleil. C’est vous dire que le berger ne se repose pas, sauf le temps d’un instant pour faire la sieste dans l’après-midi.»
Solidarité entre éleveurs 
Faisant part de la particularité du travail du berger, ses contraintes surtout, tout au long de l’année, il a confié : «Nous sommes, aujourd’hui, contraints de faire de longues distances, parfois pas moins de dix kilomètres par jour, en se déplaçant d’un site à un autre, à la recherche d’un point d’eau ou d’une végétation généreuse.» Pour lui, «cette tâche devient de plus en plus difficile, notamment durant le mois de jeûne, une période nécessitant une volonté infaillible et représente un grand défi à relever au quotidien». Dans la zone de «Hirèche», où se concentrent des dizaines de tentes d’éleveurs d’ovins, issus de la tribu des Beni Okba, comme dans tous les autres sites similaires, l’heure est à la solidarité entre membres de cette communauté. En dépit des aléas du temps et de la difficulté de leurs tâches, les éleveurs de la région se sont habitués à accueillir le mois sacré dans une ambiance de solidarité et de convivialité. «C’est un moment de solidarité sans faille et un sens du partage, digne des valeurs ancestrales», comme l’a expliqué El Hadj Hithala. Outre la période de vaccination du cheptel, coïncidant avec le mois du jeûne, est également celui du lancement de la saison de la tonte du bétail, une pratique qu’entretiennent les familles avec un soin particulier. C’est un savoir-faire qui se distingue en tant que rituel pratiqué de père en fils et qui commence dès le lever du jour. Khatima, une septuagénaire de la région «Hadjeret Ettoual», considère que la tonte des ovins est un travail difficile qui implique les membres de la tribu, voire leur mise à contribution, afin d’achever cette tâche en un temps record. Elle reconnaît que «ce travail est loin d’être aisé durant le mois de Ramadhan». Lorsque le temps de la transhumance s’achève et que le troupeau regagne enfin la «Z’riba», les bergers parviennent à oublier leur peine et leur fatigue. Les meïdas du f’tour garnies les réunissent autour des meilleurs plats traditionnels. Le tout est suivi de veillées familiales, au tour du traditionnel thé, qui efface les difficultés d’une longue journée d’un travail pénible et d’un jeûne observé dans un milieu particulier, pas comme pour les autres.