Béjaïa : Tiklat, une antique cité nimbée de mystères

Tiklat n’a pas la notoriété de Timgad ou celle de  Djemila. Située  à environ 3 km d’El Kseur, dans la wilaya de Béjaïa elle est  le nom actuel de la ville antique de Tubusuptu.

Ignorant tout de ce site archéologique, il a d’abord fallu aller à la rencontre de  guides de l’association Tiklat, son président Bazizi Mourad, le vice-président Bounegab Smaïl et Djedri Juba membres de la commission tourisme, grâce à qui s’est concrétisée cette « promenade patrimoniale de Tiklat ». Cette dernière a été  organisée par le président de l’association Assirem Gouraya au profit d’un groupe d’enfants de Bejaia-ville, sous le thème « valorisation du patrimoine amazigh ». Il s’agit d’une action parmi d’autres pour commémorer utilement le 41è anniversaire du printemps berbère.
Tubusuptu se cache derrière un paysage bucolique, au milieu de fermes agricoles. Les  usagers de la route qui longent  ce site archéologique ne se doute même pas qu’ils passent à côté d’un fabuleux patrimoine historique. Il faut ensuite  emprunter un chemin ombragé par les oliviers et joliment tracé par les herbes folles où éclatent comme un feu d’artifice les couleurs de mille fleurs sauvages. Là, parmi la verdure, se dressent les thermes romains, enfin ce qu’il en reste, avec des murs imposants. Toutes les villes romaines étaient dotées de cet élément de confort qui structurait le tissu urbain. Ces thermes  étaient alimentés par deux aqueducs qui apportaient l’eau, vitale pour la ville et indispensable au confort des habitants et des visiteurs. Les vestiges apparents (citernes d’eau, d’entrepôts de stockage de denrées alimentaires, pans de murs fortifiés partiellement debout) sont les seuls à révéler l’existence de cette antique cité. Tubusuptu est en effet quasiment ensevelie sous un épais manteau de terre. Cette cité romaine, destinée à installer des vétérans de la 7è légion qui peupla également Saldae, aujourd’hui Béjaïa, prospéra sur un site en collines dominant une riche plaine, traversée par l’Oued Soummam, dont les produits agricoles étaient exportés sur les marchés lointains, comme le prouvent les amphores retrouvée en Italie et même au Soudan.
Le vrai trésor
Tubusuptu  a connu également des batailles épiques, auxquelles on associe le nom du célèbre Takfarinas parmi d’autres, lors de différentes insurrections des tribus autochtones. La ville passa ensuite sous  le joug  byzantin, puis vandale. Elle changea de nom pour prendre celui de Tiklat, forteresse en berbère, avec les royaumes musulmans, mais il fallut attendre la prise de pouvoir par les Hammadites pour que la ville retrouve  sa  valeur et son importance  stratégiques. Le célèbre géographe Al Idrissi la décrit vers le milieu du 12è siècle comme un lieu commercial où abondent fruits et légumes, jardins et beaux édifices. Tikalt n’en avait pas fini néanmoins avec les vicissitudes de l’histoire et, après l’insurrection d’El Mokrani 1871, disparut des tablettes géographiques pour être supplantée par l’érection à proximité d’un village de colonisation, El Kseur. Mais bien avant cela, le site de Tiklat a accueilli une ville-citadelle, érigée à des fins militaires pour bloquer la ville de Bougie, par le sultan de Tlemcen, Abou Techfine, qui lui donna le nom de Temzizdekt, qui fut, à son tour  détruite plus tard. C’est l’un des vestiges les plus intéressants de Tiklat, mais aussi le plus ignoré. Les remparts de la forteresse de Temzizdekt sont encore debout et, malgré les outrages de la destruction et du temps, restent impressionnants. Tiklat est aujourd’hui nimbée de mystères. Des légendes aussi ont été tissées autour du site, qui abriterait des êtres fantasmagoriques et de fabuleux trésors cachés que les grand- mères racontent à leurs petits enfants. « En fait, les habitants d’ici ont voulu protéger l’endroit des incursions d’étrangers et, peut être aussi, s’il y avait quelque trésor à découvrir, pour être les seuls à en profiter », plaisante un des guides.  ! Azzedine Meddour, rappelle t-on , a immortalisé, dans un film- documentaire en tamazight sous le titre « La légende de Tiklat » (1991), toutes les histoires qui se racontent sur cette ville enfouie. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces chercheurs de trésor n’ont pas été impressionnés. Des fouilles sauvages ont été faites et sont encore visibles sous  forme de monticules de terre extraite des décombres. Ont-ils trouvé or et pierres précieuses ? Nos guides en doutent. Pour eux, le véritable trésor, c’est le site lui-même qu’il faut préserver des déprédations. Certes, il est juridiquement protégé, mais l’association Tiklat bataille pour un plan de protection et d’aménagement, pour le préserver et le rendre accessible au public.
Ouali M.