Mourad Goumi, économiste : « Les statistiques sont cruciales pour les opérateurs économiques »

 

Le président de la République a instruit le gouvernent, lors du dernier Conseil des ministres, de créer un nouveau réseau de statistiques en tant que mécanisme reposant sur de véritables indicateurs pour une économie transparente. Ce réseau devra prendre en ligne de compte la production, l’importation et la consommation nationale.

Le Dr Mourad Goumi, économiste, tient, à ce propos, à souligner l’importance d’«exposer les motifs ayant conduit à proposer ce dispositif et cerner les objectifs escomptés», soulignant que «s’il s’agit d’une banque de données au profit des entreprises et de la recherche, elle est la bienvenue». Il reste, dit-il, à connaître les modalités de sa construction, de son utilisation ainsi que sa structure d’accueil. Dans le détail, il explique que les bases statistiques sont un enjeu crucial pour les opérateurs économiques, d’où l’importance d’identifier les producteurs de statistiques. Mais, également, leur mise à disposition et leur diffusion aux utilisateurs.  Et d’ajouter : «L’Office national des statistiques dit faire l’objet d’une attention particulière, son renforcement matériel et humain est une priorité absolue. En contrepartie, celui-ci doit procéder à des études et des sondages précis de manière à alimenter les opérateurs économiques en informations fiables, nécessaire à la prise de décisions dans la transparence.»
A la question de savoir si la création de ce réseau est à même de régler les dysfonctionnements qui frappent la consommation nationale, il estime que c’est «la condition sans laquelle aucune politique ne peut véritablement avoir une influence positive sur le marché». En outre, la régulation du marché ne peut se réaliser que dans la mesure où ce réseau fonctionne et introduit les instruments normaux et légaux de toute activité commerciale. «A l’évidence, nous sommes très loin de cela», tempère-t-il. Le président de la République a insisté, dans ce contexte, sur la nécessité de «valoriser les efforts consentis dans le cadre de la vision prospective afin de faire sortir le secteur du flou qui plane sur la nature et l’organisation des activités commerciales». Une instruction qui ferait allusion, selon le Dr Goumiri, aux infrastructures commerciales et à la chaîne logistique (transport, stockage). «Il y a lieu de reconstruire toute l’ingénierie commerciale et non de se contenter de meusurettes ponctuelles», explique l’expert pour qui ce rôle revient essentiellement au département du Commerce. «Il est l’essence même du ministère du Commerce, mission qu’il a complètement ratée. J’en veux pour preuve irréfutable, la hausse des prix durant le Ramadan, voire toute l’année», assène-t-il.
Appliquer les règles économiques
S’agissant de la question de la réadaptation du système législatif au développement de l’activité commerciale abordée lors de ce même Conseil, l’économiste avoue ne pas trop croire en la capacité du système législatif à réguler le marché. «Bien sûr, il faut un minimum de règles législatives et réglementaires. Le plus important, est, toutefois, les règles économiques qui vont avoir le dernier mot. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe sur le marché du pain, du carburant, du lait. Nous assistons médusés à un énorme gaspillage et à des dysfonctionnements énormes», fait-il remarquer. Le Conseil des ministres a approuvé, également, la poursuite de l’examen du texte devant permettre aux jeunes porteurs de projet de créer des start-up suivant un dispositif juridique adapté et simplifié. Pour le Dr Goumiri, il y a lieu de procéder à un audit sérieux de l’ancien dispositif Ansej et d’en tirer les enseignements utiles. «Car la notion de start up n’est pas applicable à toutes les entreprises développées par de jeunes entrepreneurs», rappelle-t-il. Elle est, précise t-il, particulièrement adaptée aux projets de haute technologie au sein des entreprises de plomberie sanitaire, d’électricité, de mécanique, de menuiserie, de récupération… qui sont d’une extrême importance et pouvant devenir les PME et PMI futures. «Il faut valoriser les centres de formation professionnelle et installer un bureau d’aide à l’emploi des jeunes, au sein même de ces établissements, de manière à rendre concret l’aide et récompenser les efforts consentis durant l’apprentissage», préconise-t-il.
Assia Boucetta