Analyses médicales dans les pharmacies : Divergences dans l’interprétation des lois 

 

 

Le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a, dans deux notes récentes, qualifié l’exercice de la profession de biologiste médical par certains pharmaciens et hématologues d’illégal.

Le président du Syndicat des laboratoires d’analyses médicales (Salam), le  Dr Yacine Ouallaoua Mizi, rappelle aussi que la loi n’a jamais autorisé pharmaciens et hématologues à exploiter des laboratoires d’analyses médicales. Selon lui, «on ne peut pas combiner deux professions avec un seul agrément et exercer la profession de biologiste médical sans un diplôme d’études médicales spécialisées en biologie médicale et une autorisation d’ouvrir un laboratoire d’analyses qui répond à un cahier des charges». «Les notes du ministère n’ont rappelé que la nécessité d’appliquer la loi et d’arrêter cette grave atteinte à la déontologie», assène notre interlocuteur pour qui «la mission d’une officine est d’assurer la disponibilité des produits pharmaceutiques et l’exécution de préparations».
Il rappelle au passage que dans le passé, le pharmacien d’officine était autorisé à effectuer uniquement cinq analyses médicales simples, en particulier dans les régions éloignées ou qui ne disposaient pas d’un laboratoire d’analyses médicales.
En somme, un laboratoire d’hématologie dont le fonctionnement est régi par un arrêté du 23 novembre 2008 n’a rien à voir avec un laboratoire d’analyses. Les tâches d’un hématologue dans le secteur privé sont principalement cliniques (consultation et suivi des patients). Toutefois, il la possibilité de réaliser un nombre limité d’analyses précisées en annexe de l’arrêté. Par ailleurs, la loi sanitaire de 2018 n’autorise pas l’hématologue à exploiter un laboratoire d’analyses. Parlant de ce dernier, le Dr Mizi explique que  son exploitant doit être un médecin spécialiste ou un pharmacien spécialisé en biologie médicale.
Le responsable de Salam dénonce la pratique de certains pharmaciens qui ont élargi leur activité et  regrette certains propos erronés à propos d’un prétendu droit d’exploiter un laboratoire d’analyses médicales aux pharmaciens et aux hématologues que les notes auraient retiré. «Ce sont plutôt eux qui font fi des lois et règles déontologiques et de l’éthique en  profitant de l’incapacité de l’administration à imposer une surveillance et une veille à travers le territoire», assène-t-il.
Le  président de l’Ordre national des pharmaciens, le Dr Abdelkrim Touahria, en convient, qualifiant ces  comportements d’anarchiques. «Un pharmacien n’est pas un laboratoire d’analyses médicales», précise-t-il. «Il se trouve, ajoute-t-il, qu’en 1975, l’Algérie ne disposant pas d’assez de laboratoires d’analyses, les autorités compétentes avaient autorisé le pharmacien d’officine, notamment pour les wilayas intérieures et reculées, à effectuer des analyses de base ne nécessitant pas une grande technicité».
Le  président du Syndicat national des pharmaciens d’officine, Messaoud Belambri, voit les choses autrement. Pour lui, la pratique d’examens basiques en officine et les analyses médicales dans les pharmacies a  été instaurée par le décret présidentiel 76-141 du 23 octobre 1976, l’article 189 de la loi sanitaire du 16 février 1985 et la loi 08-13 du 20 juillet 2008.
«Dans l’article 179, elle permet d’élargir les missions du pharmacien d’officine en lui confiant la mission d’assurer des services liés à la santé», fait-il remarquer.
Samira Sidhoum