L’Anie examine les candidatures : Sale temps pour l’argent… sale

L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) est en train de faire passer au crible les  dossiers de candidature aux prochaines législatives.

Dans un  souci d’éloigner les partisans de l’argent sale de la course électorale, elle mènera des enquêtes approfondies jusqu’au 9 mai, date limite fixée pour la finalisation de l’opération. De  nombreuses candidatures ont été rejetées pour différents motifs, dont l’implication dans des affaires de corruption. L’Autorité brandit visiblement l’article 200 de la nouvelle loi électorale pour garantir un scrutin «transparent  et propre». Selon Mohamed-Seghir Saâdaoui, ancien membre de l’Anie et juriste, «le refus de   dossiers est motivée par le manque de pièces administratives ou un soupçon de relation avec les milieux de l’argent sale». «Ceux qui sont déboutés  ont néanmoins le droit à un recours. Après le 9 mai, ils auront sept jours pour saisir le tribunal administratif puis le conseil d’Etat», explique-t-il, avant de relever que la prorogation du délai de dépôt de candidatures a induit la réduction des  délais de recours. Toutefois, fait remarquer notre interlocuteur, qu’il est difficile de prouver qu’un candidat n’a pas eu recours à l’argent sale. L’Autorité a dû s’adresser aux services de sécurité pour mener des enquêtes judiciaires sur les candidatures suspectes. «L’Anie doit justifier tout refus», assène t-il.
Safi Laârabi, chargé de communication au RND, ne cache pas son mécontentement à propos de  l’application par l’Anie de l’article 200. «Dans une dizaine de wilayas, nous n’avons pas du tout reçu de décisions de refus. Pour le reste, les raisons de rejet relèvent essentiellement d’une lecture erronée de l’article 200», confie-t-il. Pour lui, «on ne peut refuser une candidature pour une prétendue relation avec les adeptes de l’argent sale. Une telle décision purement politique ne peut être justifiée concrètement et elle est anticonstitutionnelle». Laârabi révèle qu’environ 5% des refus sont liés à cette disposition. «Les autres rejets sont logiques et rationnels, car il s’agit de dossiers incomplets», reconnaît-il. Le chargé de communication du RND est formel :
«L’implication dans des affaires de corruption ne peut être confirmée que par décision de justice», déclare-t-il. A l’en croire, des recours ont été déposés et beaucoup de candidats «recalés» ont eu gain de cause.
Habib Brahmia, chargé de communication à  Jil Jadid, indique que le parti s’est vu refuserune dizaine de dossiers. «Six en relation avec le  service national  et le reste pour non inscription sur les listes électorales», précise-t-il. La situation  dépasse le parti, clame Brahmia, dans la mesure où ses candidats disposent de cartes électorales mais sans que leurs noms ne figurent sur le fichier électoral. Il a, d’ailleurs lancé, un appel à l’Anie pour qu’elle prenne en considération ces erreurs purement administratives et accepte les recours à ce sujet. «L’Autorité a été très stricte s’agissant de  la carte militaire mais sur la question des non-inscrits, la faute ne nous incombe nullement», poursuit-il. Interrogé sur l’argent sale, Brahmia s’en défend : «Nous n’avons ni argent propre ni argent sale. Nos capacités sont limitées, mais nos ambitions sont grandes.»
Mohamed Hassene Daouadji, porte-parole du parti Talai El Houriat, fait état de quelques dossiers refusés dans certaines wilayas. Des  candidats ont remis des dossiers incomplets et n’ont pas honoré leurs dettes vis-à-vis du fisc.
«Nous n’avons pas enregistré de grands problèmes et les enquêtes se poursuivent au niveau des coordinations de wilaya de l’Anie», renchérit-il. Interrogé sur l’article 200, il assure qu’aucun dossier n’a fait l’objet de refus pour cause de corruption. «Notre parti a mis en place un dispositif comportant une pré-enquête sur les postulants avant la validation de leur candidature», précise-t-il, en faisant savoir que, pour l’instant, seuls cinq dossiers ont été rejetés par l’Autorité pour les raisons précitées.
Karima Alloun