Paiement en nature

On n’en prête pas à la nature des intentions, des sentiments. La nature, on l’exploite, l’apprécie, la protège ou la malmène, selon le bon vouloir de l’humain qui, s’il en prend soin en attend des fruits, mais guère à des représailles quand il lui applique des actions destructives. La nature est pourtant une formidable force. Dans son état d’équilibre, les hommes n’en tirent que des avantages. Perturbée par leur habituelle inconséquence, elle leur inflige souvent de lourdes sanctions. La nature, en quelque sorte, finit toujours par se venger de ses agresseurs, même si on ne peut lui prêter une quelconque préméditation. Beni Slimane, dans la wilaya de Médéa, a ainsi essuyé son courroux, à la suite de pluies torrentielles. La furie des eaux tumultueuses n’ont laissé après leur passage qu’un paysage de boue et de métal tordu. Surtout, aussi, une lourde ardoise pour les citoyens dont les biens ont été affectés, et pour les finances publiques. Beni Slimane n’est qu’un avatar parmi tant et tant d’autres à travers le pays. On ne peut pas dire que les leçons n’ont pas été tirées. Régulièrement, le gouvernement annonce des actions, des programmes d’aménagement et de protection des agglomérations pour réduire la fréquence de ce phénomène et l’ampleur des dégâts. Mais si la mobilisation est générale au moment de la survenue de la catastrophe, le ronron administratif reprend vite le dessus et toutes les bonnes résolutions sont remises aux calendes grecques. «Il y a du bon dans tout retard», dit l’adage algérien, superbement appliqué en toutes circonstances exigeant du labeur. Cela ne rend guère service au pays, qui doit sans arrêt essuyer les plâtres et compter les victimes. C’est simplement ruineux. En ces jours qui se parfument des fragrances de la proche fête de l’Aïd, s’accentue l’attitude des commerçants à relever les prix de tout, ruinant le modeste citoyen qui ne sait plus à quel comptable se vouer pour s’en sortir. Le marché étant déjà déprimé, ils arrivent encore à monter des astuces pour soutirer les derniers dinars des infortunés. Leur ultime trouvaille est de vendre au kilo vêtements et chaussures ! Nouveau en Algérie, mais déjà bien rôdé ailleurs, ce concept, il faut l’avouer, tentent de nombreux acheteurs persuadés de la bonne affaire. Pour le commerçant, ça l’est assurément, lui qui a du tester sa formule avant de la mettre en application. Cela change en tous cas de l’inusable vente concomitante et du commerce de produits périmés qui envoie à l’hôpital des centaines de consommateurs naïvement intoxiqués par les gâteaux peu hygiéniques d’un pâtissier indélicat, comme cela est arrivé ces jours derniers dans la ville de Mila. Faut-il s’en étonner quand on ne soigne pas son environnement, même quand il s’agit d’une simple table de travail ? Que la nature mette en branle une tornade ou de microscopiques organismes, la facture est payée cash par les imprévoyants et les fauteurs impénitents.
O. M.