Souhil Meddah, expert financier : « Les banques doivent passer à une gestion économique »

Le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmene, a fait part d’une réorganisation des banques publiques pour une meilleure rentabilité et efficacité. Considérées comme acteur principal dans l’action économique, les banques, dans le sillage des réformes, devront revoir leur mode de fonctionnement, passant d’une gestion administrative à une autre économique. 

C’est dans ce sens que devrait se faire la réorganisation des banques, a souligné l’expert financier Souhil Meddah. Selon lui, les banques, au lieu d’être des guichets, devraient s’impliquer dans l’acte d’investissement. «Cela se fera par la diversification des activités et l’ouverture des banques d’investissement», a-t-il relevé, soulignant que le plan managérial devra lui aussi avoir son lot de changements dans l’optique de conseils d’administration plus dynamiques et plus techniques avec beaucoup de compétences. De ce fait, pour cet expert, l’ouverture de capital global des banques publiques n’est pas l’option la plus appropriée, qualifiant l’opération de «lourde». Il a préconisé, en revanche, la filialisation de certaines d’entre elles, entre autres, dans le capital risque, le capital de transmission et le capital développement. «Le plus important est d’ouvrir les activités avec une orientation économique. Les banques doivent désormais intervenir sur le marché financier, soit dans une opération de transaction de rachat d’une entreprise ou le lancement d’une entreprise, que ce soit dans un cadre de partenariat, de groupement ou à titre individuel. L’essentiel est que la banque ait une assiette de sécurité assez large», a-t-il préconisé. Pour Meddah, la réorganisation implique également une amélioration des prestations et services et une célérité dans le traitement des dossiers relatifs à l’investissement. «Il est inconcevable de tarder à délivrer des lignes d’exploitation aux investisseurs», a-t-il indiqué, précisant que ce problème peut être réglé par le capital développement. Dans la foulée, l’expert financier a appelé au déblocage de l’investissement pour redynamiser l’économie nationale à travers surtout l’abolition des lourdeurs administratives.
Au sujet de l’instruction donnée par le premier argentier du pays concernant le prolongement des heures d’ouverture des banques publiques pour relever le niveau de bancarisation, l’expert estime que cette dernière est liée beaucoup plus à des aspects structurels, à savoir le marché de consommation, le commerce et le développement du e-paiement. «L’accélération du paiement électronique et la digitalisation des banques s’imposent et permettront d’avoir une meilleure bancarisation», a-t-il indiqué. Et d’ajouter : «L’ouverture à une heure tardive n’est qu’un service de plus pour les usagers qui sont déjà abonnés dans le circuit bancaire et il n’a pas un lien direct avec la bancarisation, contrairement au renforcement du contrôle fiscal.»
Au sujet de la valeur du dinar, Meddah  a lié cet état de fait à la faiblesse des revenus des exportations et de la demande sur le dinar. «Ces derniers mois, nous avons constaté un ajustement artificiel du dinar pour rattraper les coûts officiels par rapport à l’informel et aller vers une valeur réelle, et je pense qu’avec 160 DA par rapport à l’euro, nous n’en sommes pas loin», a-t-il expliqué,  insistant sur l’impératif de relancer  les investissements. De ce fait, il a jugé qu’un rythme accéléré de l’activité économique entraînera avec lui le dinar sur la même cadence.
Wassila Ould Hamouda