Crises économique et sanitaire : Comment sauver les emplois…

La crise du coronavirus a eu des effets désastreux sur la vie économique. Dès son apparition, le gouvernement a multiplié rencontres et conférences avec les représentants du secteur et les partenaires sociaux pour évaluer le désastre et tenter de préserver le tissu productif et les emplois.

Tout le monde reconnaît la difficulté de faire face à la situation. Selon une enquête du ministère du Travail, près de 200.000 travailleurs se sont retrouvés sans ressources, 50.000  ont perdu définitivement ou provisoirement leur emploi et environ 180.000 ont reçu leurs salaires avec du retard. Marniz El Hamel, membre du bureau national de la Confédération algérienne du patronat (CAP) et président du bureau de Constantine, considère que la pandémie ne doit pas être un frein au développement économique. «Nous n’avons pas  de choix. Nous devons se mobiliser et que chacun assume ses responsabilités pour sortir indemnes de cette crise», lance-t-il. Il se dit satisfait de la réduction des importations d’environ 18% en 2020, qui a permis aux produits locaux de mieux se vendre. «Les producteurs nationaux se sont réjouis de la décision du président de la République de booster la production nationale et d’essayer de remplacer les produits importés par des produits locaux de bonne qualité», poursuit-il. Il a mis en exergue le rôle des entreprises, notamment de l’agroalimentaire, la pharmacie et la parapharmacie, qui ont répondu à la demande nationale. La Fédération reconnaît que la crise sanitaire a révélé la faiblesse du système économique national qui repose à hauteur de 80% sur les entreprises privées. Parmi les pistes de sortie de crise El Hamel  propose de favoriser l’investissement économique et agricole en donnant la chance aux jeunes porteurs d’idées novatrices. Selon lui, l’accompagnement de l’Etat est indispensable.
«L’Etat a tenté de trouver des solutions, mais les résultats de tardent», regrette-t-il. Rappelant les propositions de la CAP, il insiste,  notamment, sur la réduction des charges fiscales et parafiscales pour les entreprises, publiques et privées, qui toutes souffrent de problèmes de trésorerie. Il propose également de supprimer les pénalités de retard et les taux intérêt pour les entreprises qui ont contracté des crédits bancaires et de geler momentanément les cotisations. El-Hamel a réitéré son appel aux banques d’octroyer des crédits sans intérêt aux entreprises dans cette conjoncture où la menace plane sur l’emploi. Ali Hamani, président de l’Association des producteurs algériens de boissons (APAB), souligne que ce maillon de l’économie n’a pas été épargné. La baisse du pouvoir d’achat et la rationalisation des dépenses ont conduit à l’effondrement de la consommation et, par ricochet, entraîné la fermeture de petites unités de production. «Seuls les produits reconnus pour leur qualité ont pu résister à la crise», confie-t-il. L’un des effets directs de cette situation est la  perte de centaines de postes d’emploi. Notre interlocuteur estime que la démarche des autorités pour sauver l’économie reste incomplète. «On nous a demandé de réduire les effectifs de 50% en maintenant les salaires, mais l’Etat aurait pu nous épargner le payement des charges fiscales et parafiscales», soutient-il. «Il est anormal qu’on continue de payer l’IRG pour une personne en congé», assène Hamani qui fait remarquer que dans plusieurs pays, l’Etat intervient même pour la prise en charge des salaires. «En Algérie, un chef d’entreprise est livré à lui-même», déplore-t-il.
Samira Belabed